« La dépression ne fait pas partie du vieillissement normal. »

Publié le 04-06-2019

 Parmi les maux dont peuvent souffrir les personnes âgées, on parle peu de dépression. Beaucoup même trouvent normal qu’on déprime davantage en vieillissant. Pourtant ce n’est pas banal, rappellent les spécialistes. La survenue d’une dépression doit même être guettée car elle peut être accentuée par les troubles cognitifs, neurologiques et vasculaires liés à l’âge.

 

La dépression touche, comme les jeunes adultes, les seniors après 65 ans. Davantage même. Mais les causes diffèrent souvent tout comme les outils  de diagnostic pertinents.

Aujourd’hui « les professionnels de santé  et les chercheurs s’appuient sur le DSM (Diagnostic and statistical of mental disorders), un outil  via lequel la présence de symptômes et leur nombre comme la perte d’intérêt, la tristesse, la présence d’insomnie ou d’hypersomnie, la fatigue ou les idéations suicidaires permettent de  diagnostiquer une dépression majeure, explique Sylvaine Artero, chercheuse en Neuropsychiatrie à l’Inserm de Montpellier.  Ainsi, les études basées sur le DSM ont conclu que 3 % des personnes âgées de plus de 65 ans étaient atteintes de dépression. Un taux assez similaire à celui observé chez les jeunes adultes. Mais les chercheurs estiment aujourd’hui que le DSM n’est pas adapté aux sujets âgés. Car chez eux les symptômes classiques seront souvent moins prononcés ou revêtent une forme différente, mais sont tout aussi invalidants. On parle alors de dépression masquée ou encore de dépression subsyndromique. Et les causes surtout ne sont pas toujours les mêmes que chez les adultes plus jeunes ».

Ainsi les seniors ne se diront pas souvent tristes ou en manque de plaisir. Les sentiments d’inutilité ou d’absence d’avenir seront plus prégnants, ainsi que les symptômes organiques. De plus, si la personne âgée n’a jamais  connu d’épisode dépressif au cours de sa vie, sa survenue tardive peut être liée à des troubles et maladies liés au vieillissement. « La réduction de la production de sérotonine par exemple, ou la détection dans le cerveau suite à un AVC de lésions de la substance blanche, peuvent favoriser l’apparition d’une première dépression après 65 ans. Chez les seniors, la dépression peut donc avoir une étiologie différente. Elle est souvent lié à des troubles vasculaires ou cognitifs importants », précise Sylvaine Artero.

Résultat, avec des critères plus larges et sur la base de maux liés à l’âge, l’équipe de recherche de Sylvaine Artero a montré que la dépression toucherait plus de 20 % des personnes âgées de plus de 65 ans. Un chiffre inquiétant, à rapprocher des études menées aux Etats-Unis soulignant que le taux de suicide des personnes âgées serait deux fois supérieur au taux constaté chez le reste de la population.

Pourtant le diagnostic et la prise en charge adaptée de la dépression chez les seniors sont rares. Si les gérontologues ou psycho-gériatres y sont de plus en plus sensibilisés, la dépression reste méconnue du grand public et peu diagnostiquée par les médecins généralistes. Car la perte d’intérêt, la fatigue ou l’envie de mourir sont souvent associées à l’âge. « Mais le fait d’être déprimé ne fait pas partie du vieillissement normal, insiste Sylvaine Artero. Cela doit toujours être envisagé comme un problème médical sérieux chez le sujet âgé ».

 

Les solutions médicales et sociales existent

Comment, alors, favoriser les diagnostics précoces ou prévenir la dépression ? Et comment soigner les personnes âgées touchées par la dépression ?

Premiers observateurs, les proches aidants doivent avoir une attention toute particulière. En cas de doute, ils pourront consulter le médecin traitant, ou un professionnel de santé spécialisé (gériatre, neurologue ou psycho-gériatre). Pour s’assurer de l’affection qui touche le patient senior, un bilan complet devra être effectué. Car nombre de maladies comme un diabète, un cancer, une maladie pulmonaire ou l’arthrose peuvent provoquer des symptômes dépressifs. De plus, une première dépression chez le sujet âgé peut être un premier signe de la maladie d’Alzheimer.

Et une fois le diagnostic posé, le traitement diffère peu de celui indiqué pour un adulte plus jeune. « Pour la partie pharmacologique, on va partir sur les mêmes classes de traitement antidépresseur que chez l’adulte plus jeune, indique Fabienne Cyprien, psychiatre dans l’équipe de Sylvaine Artero, à l’Inserm de Montpellier. En première intention, les inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine ont par exemple démontré leur efficacité.». Contrairement à ce que beaucoup pourraient croire, il ne faut pas hésiter à les prescrire  aux seniors. « La différence réside dans le suivi du patient âgé. Il faudra en effet être particulièrement vigilant aux effets des antidépresseurs et à la manière dont la personne âgée les supporte. En cas de vertiges, de somnolence ou de problèmes digestifs par exemple, le traitement devra être réajusté », précise Fabienne Cyprien.

Mais pour une prise en charge efficace, le versant psychosocial est déterminant. Comme chez les autres malades atteints de dépressions, une psychothérapie est donc indiquée. Tout comme le maintien du lien social de la personne déprimée.

« La vie familiale, la participation à des activités sportives ou de loisir tout comme la présence régulière d’une aide à domicile sont essentielles. Elles vont non seulement permettre de lutter contre la dépression mais aussi d’en prévenir l’apparition. Ce maintien dans l’activité participera ainsi à retarder le développement de troubles cognitifs (concentration, mémoire, dynamisme physique…), lesquels, comme on l’a dit, ont une responsabilité dans l’apparition de la dépression », poursuit Fabienne Cyprien.

Enfin, souligne l’experte, il peut être très utile de faire un point sur sa situation avec une assistante sociale. Elle pourra conseiller la personne âgée sur les aides dont elle peut bénéficier afin de limiter l’impact de l’environnement sur son état de santé. Car les seniors qui rencontrent des difficultés économiques sont plus exposés au sentiment de solitude et à un suivi de santé insuffisant.

 

Usbek & Rica

Tags : A la une, Santé : Prévenons la fragilité

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