« Je suis une grand-mère présente mais libre »

Mes grands-parents on me les a volés. On me les a tués à Auschwitz au nom d’une idéologie démoniaque, issue du demi fou qui dirigeait l’Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale.
C’était juste avant ma naissance, je n’ai jamais connu mes grands-parents et cela m’a toujours manqué.

Quand je suis devenue grand-mère il y a 5 ans, assez tard puisque j’avais déjà 64 ans, c’était comme si je venais de recevoir le plus merveilleux des cadeaux, c’était magique, une toute petite vie qui m’appartiendrait un peu. Un petit mec pour lequel j’avais décidé de compter.

Après lui 2 autres garçons sont arrivés et puis enfin une petite fille. Maxime a 5 ans, Solal 3 ans, Sacha 2 ans1/2 et enfin Yona la petite princesse de la famille a 9 mois.

Par chance ils sont tous très près de moi géographiquement. Je les vois pour certains une fois par semaine, pour les autres tous les quinze jours, soit chez eux, soit chez moi où j’aime les réunir tous autour d’une bonne table. Je pense réellement que c’est le rôle des « ancêtres » de réunir enfants et petits-enfants.

Je veux être une grand-mère présente et je les garde le plus souvent possible avec bonheur mais je suis une grand-mère libre. Je ne veux pas être cantonnée à un rôle de baby-sitter. C’est mon choix. Et puis rien ne vaut la spontanéité et le désir partage de se voir. L’humain est ainsi fait que lorsqu’on l’oblige à faire quelque chose, il y prend beaucoup moins de plaisir. Et puis la technologie omniprésente  me permet de les voir, de leur parler, même quand ils sont loin.

Mon fils aîné et sa femme m’ont annoncé que j’allais être grand-mère lors d’un déjeuner dans un restaurant asiatique. Ils avaient caché un paquet cadeau sous ma serviette et malgré leurs yeux pétillants je n’ai rien compris avant de l’ouvrir. C’était une tétine sur laquelle était noté « J’aime ma grand-mère ». L’émotion que j’ai ressentie était si forte que je n’ai rien pu avaler. Je caressais cette tétine et j’essayais d’imaginer le bébé qui allait arriver…

Je sais que nous passons notre vie à revisiter nos souvenirs d’enfance. Je sais aussi à quel point ne pas avoir eu de grand-mère a été frustrant. Sans modèle allais-je réussir à être une bonne grand-mère ?

Une grand-mère c’est essentiel pour un enfant, elle représente la mémoire du passé, le souvenir de sa famille et d’un mode de vie différent. Elle est aussi l’arbre centenaire qui doit l’aider à se construire, lui, le petit qui est en train d’apprendre si difficilement à conquérir le présent.

Contrairement à cette phrase usuelle que j’ai souvent entendue « Ça ne me rajeunit pas d’être grand-mère », moi je pense le contraire. Etre grand-mère m’oblige à me dépasser. L’image de la grand-mère d’antan a bien changé. Personnellement devenir grand-mère m’a rajeunie et ce, depuis le tout début.
Changer leurs couches me renvoyait à la jeune mère un peu angoissée que j’étais avec les bébés que j’ai eus.

Recommencer à pouponner avec l’expérience acquise est une source de joies inexprimables.
Toutefois je suis persuadée que c’est la grand-mère qui se crée sa place elle-même. Une place originale ou « plan-plan », une place qui dépend beaucoup de la mère qu’on a été, voire même de l’enfant d’autrefois.

Lorsque je suis devenue mère, je fonctionnais à l’instinct avec mes enfants comme beaucoup de jeunes mères. Le métier de parent ne s’apprend pas, il se construit.

Être  grand-mère n’est ni un métier ni une obligation. C’est juste un sentiment, un bonheur qui t’envahit, qui déborde et qu’il faut apprendre à cadrer. Ces petits ne sont pas à moi, ils sont à leurs parents.  A moi de me frayer un chemin pour leur devenir indispensable. A force d’abnégation – eux ils repartent toujours – à force d’originalité – être différente de leurs parents –  leur donner l’envie d’être avec moi le plus souvent possible.

J’aimerais pouvoir leur apporter le goût de la mémoire des choses vécues par leur famille avant leur naissance.

Je voudrais qu’ils gardent en eux le souvenir des discussions que nous aurons eues  sur la vie passée,  présente et à venir, sans oublier le goût  des petits plats que je ne faisais  que pour eux…
Parce que c’est avec leur passé qu’ils construiront leur avenir. Moi, je n’ai pas pu le faire,
j’ai « bricolé ».

Je  suis une mamie seule depuis quelques années et je suis souvent triste mais jamais devant eux.  Aujourd’hui ce sont eux qui me réapprennent à vivre et à éclater de rire sans le savoir et moi, je voudrais leur transmettre des valeurs qui les suivront toute leur vie, comme, entre autres, le respect inconditionnel de l’autre.

Je voudrais juste les guider avec amour ces petits qui m’obligent à ne pas vieillir trop vite.
Et qu’ils soient encore proches de moi quand je serai devenue une très vieille dame est mon vœu le plus cher, mais je sais qu’il dépend entièrement de moi et de la relation que j’aurai su créer et construire avec eux depuis leur plus tendre enfance.

Je  m’y attèle de toutes mes forces…

Et si je n’avais qu’un seul message à leur faire passer, ce serait :
« Apprenez à écouter, sachez écouter ce qui vous entoure. Ecoutez ceux qui parlent, même s’ils ne vous parlent pas, écoutez tous les bruits de la nature, écoutez le bruit des vagues et le vent qui fait bruisser les arbres,  écoutez même le silence de la nuit, car c’est en écoutant qu’on apprend, vous verrez… »

Témoignage recueilli par Joëlle Guillais, romancière

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Tags : Des histoires de vie

Commentaires :

19 commentaires

Newgeneration said:

Une mamie 2.0!!!

Agnès said:

Quel beau texte … et qui me renvoie à ce que je ressens aussi … je retrouve tout à fait le « rajeunissement » évoqué et surtout l’immense émotion, que je n’avais pas du tout anticipée, de cette nouvelle « situation » … J’adore ces moments incroyables partagés avec les petits .. et mes enfants, qui ont vécu de très beaux moments avec leurs propres grands-parents, sont heureux de ces complicités qui se nouent avec leurs propres enfants … ils ont la sensation d’une suite de bonheur … Je crois aussi à notre responsabilité de transmission … même si ce n’est pas toujours aisé ; mais nous avons cette chance inouïe de pouvoir vivre cette relation si particulière, profitons-en !!

CHARLOTTE ABITBOL said:

Etre grand-mère c’est fantastique!!!! qu’ils soient bébés, petits ou grands, les petits-enfants ce n’est que joies et bonheur !!!!!

catou said:

Voila une belle leçon « d’apprentissage » d’une grand mère qui n’en a pas eu! Comme quoi l’instinct est là quand l’amour est présent! Serviable, mais pas corvéable… Bravo! Cela permet à toute la famille de comprendre le vrai rôle d’une grand mère! Merci pour ce témoignage
catou

Pascale said:

Que d’amour, heureux petits-enfants ! Ils sauront choyer leur grand-mère jusqu’à son dernier souffle, ça c’est sûr. Merci ce beau texte
Pascale

Sandy said:

C’est très beau 🙂

Fred said:

Un texte haut en couleurs rempli de sensations fortes. Tres touchant et emouvant pour la nouvelle generation de grands meres decomplexees. A lire, a relire et a mediter.

Estelle et Mike said:

Un très beau texte

yacobi said:

J’aime beaucoup ce texte qui porte en lui le passé, le présent et le futur. Comme jeune père, il me permet aussi de mieux percevoir la place de nos parents qui deviennent grands-parents. Au-delà d’une histoire et d’un vécu personnel, beaucoup de ces mots me semblent universels sur le « métier » de grand-mère.

Sarah said:

Un texte magnifique sur cette nouvelle génération que sont grands mères modernes !

Fanou said:

Denise ton texte me transporte ! J’aurais tellement aimé être une grand-mère comme toi . Hélas , les enfants sont loin donc les petits -enfants aussi !!!
Je n’ai pas cette joie de les réunir tous autour d’une table .
Je n’ai de bonheur qu’avec Pénélope , les trois autres ne parlant pas français , les rapports sont délicats .
Ton texte est un merveilleux message pour les  » jeunes  » grand-mères que nous sommes !
Bravo

antoinette said:

Emouvant mais puissant. Les mamies ont changé, tant mieux

marie odile said:

J’ai écouté et entendu ce très beau témoignage.
Bravo à cette chère grand-mère présente mais libre.

ABITBOL said:

Qui ne rêverait pas d’avoir une grand-mère aussi… libre que toi?

Berville said:

Quelle belle écriture. Je me rappelais en effet que tu écrivais bien. Comme cela me fait plaisir de lire ce si beau texte. Quelle tendresse, quel amour, celui que tu m’as donné même à moi qui pourtant, n’était pas ton enfant. Ils ont de les chances, tous ces petits enfants !

Macha ABITBOL said:

TRES beau texte!!! Bravo « Grand-mère dans l’ère du temps »

Elodie said:

Bravo Denise pour ce très joli texte plein d’Amour! Il m’a donné des frissons ;-). J’espère que quand je serai grand mère je serai aussi bien que vous et j’essairai de suivre vos bons conseils! Gros baisers
Elodiz

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