L’humanitude, une philosophie du soin et de la relation

Le concept d’humanitude est né en 1980 aux Etats-Unis porté par Freddy Klopfenstein. En 1989, un gériatre français, Lucien Mias, introduit pour la première fois le terme d’humanitude dans les soins. Et c’est en 1995 que Rosette Marescotti et Yves Gineste décident d’écrire une nouvelle philosophie de soins qu’ils baptisent la « philosophie de l’humanitude ». Nous les avions rencontrés lors d’un colloque sur les approches non-médicamenteuses de la maladie d’Alzheimer.

 

Les principes de l’Humanitude
L’humanitude est une approche  des soins fondée sur l’adaptation du soignant au patient, qui doit toujours être considéré comme une personne. C’est aussi une philosophie du lien, du soutien et de l’accompagnement dans laquelle chacun est considéré comme quelqu’un d’autonome à vie, qui peut faire ses propres choix et sait ce qui est mieux pour lui. Une méthodologie fondée sur un certain nombre de principes de bientraitance :
– Le regard, le regard échangé doit être tendre
– La parole, indispensable lors de l’exécution d’un  soin même si le patient ne peut répondre
– Le toucher est également un appel d’humanitude comme «confirmation de notre présence au monde», particulièrement important lorsque la parole n’est plus là.
– La verticalité : la station debout est celle qui distingue l’humain. Elle a de nombreux bénéfices, tant psychologiques que physiques pour la personne, et ce, à tout âge. Une personne âgée peut et doit vivre « debout ».
Le sourire est considéré comme essentiel dans cette philosophie du soin qui est enfin régie par un principe de bientraitance fondamental : le « zéro soin de force ».

3 questions à Yves Gineste et Rosette Marescotti
Qu’est-ce que la méthode Gineste-Marescotti ?

YG : Notre méthodologie de soins est composée de 150 techniques issues de notre travail de recherche depuis 30 ans destinée à aider à respecter les principes de l’humanitude. C’est une méthode que nous proposons dans des formations à travers des instituts labellisés dans le monde entier (Québec, Japon, Belgique etc…). Quand nous rentrons dans un hôpital nous demandons quelles sont les 10 personnes qui ont le plus de problèmes et nous faisons les soins avec les soignants.
Nous déclinons au plus près cette philosophie de l’humanitude  dans les soins avec une attention particulière aux  grandes valeurs de liberté, égalité et de respect de la personne humaine. Par exemple : quelqu’un qui ne veut pas un soin, on va le reporter, autant de fois qu’il le faudra pour pouvoir le faire dans la douceur. Les techniques mises en place permettent de diminuer les comportements d’agitation pathologiques et agressifs. Les résultats sont spectaculaires : 95% des personnes  qui présentaient des comportements agressifs et qui ont bénéficié de notre méthode, nous caressent et nous embrassent aujourd’hui.

Pourquoi vous centrer sur les approches non-médicamenteuses de la maladie d’Alzheimer ?

RM : Nous réfléchissons beaucoup à la manière de s’occuper des malades d’Alzheimer sans leur donner de médicaments. La philosophie de l’humanitude est centrée sur le lien entre les personnes, la relation soignant-famille, soignant-malade ou famille-malade…

YG : Les approches non-médicamenteuses dans la maladie d’Alzheimer, sont de loin les moins coûteuses et de très loin les plus efficaces. Elles donnent de bons résultats en termes de qualité de vie. La maladie continue certes à évoluer, mais les gens peuvent vivre et mourir relativement sereins.

Comment les approches non-médicamenteuses permettent-elles d’adoucir la fin de vie, face aux souffrances des aidants et des malades qui mènent parfois aux demandes d’euthanasie ?

RM et YG : Tous les débats aujourd’hui sont très mal posés, parce qu’ils reposent sur la peur et l’incompétence. On ne sait pas quoi faire avec ces malades, ça va coûter très cher, ils souffrent, donc on va les aider à  mourir dans la dignité… On constate que lorsqu’on met en place des approches non médicamenteuses et qu’on arme les aidants en mettant à leur disposition des techniques qui leur permettent de mieux faire face à la souffrance que vivent leur proche et de mieux comprendre la maladie, nous n’avons pas de demandes d’euthanasie.

Sandrine Goldschmidt

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Commentaires :

24 commentaires

tahnee said:

intéressant et pourtant nullement pris en compte par les personnes qui s’occupent de nos aînés en Ehpad.. les ignorants, ne communiquant que très rarement avec eux.. et le pire qu’en 2 aides soignants doivent s’occuper d’un résident, dialoguent entre eux, ignorant la personne dont ils ont en la charge.. lui retirant encore plus de sa dignité.. sans respect de cette dernière, déjà fragile psychologiquement, grabataire et/ou autre l’ignorant complétement.. sans prendre en compte même si celle ci a du mal à s’exprimer qu’elle a besoin de dialoguer, car pas de séances d’ortophoniste, jugeant pas nécessaire, psychologue.. en option.. pas le temps.. et surtout pas prendre le temps d’avoir pris en compte des souffrances qui n’étaient pas des moindres..
Il y a quand même des aides soignants(es) en ehpad qui s’occupent bien et dialogue avec les résidents, mais trop peu malheureusement, car pour trop d’entre eux « un boulot » et rien d’autre.. même se permettant de se plaindre devant leurs résidents déjà fragiles, perturbés encore plus..

tenza said:

Je suis aide soignante en gériatrie par moment je me sen impuissante face à un patient atteint de azheimer pensez vous que la formation m’aiderai à une meilleur prise en charge merci

Da silva tavares said:

Je suis aide soignante et fière de l’être. Je suis à 100•/. d’accord avec la technique d’humanitude. Cependant dur dur quand vous êtes la seule a la pratiquer,et que vous êtes dans un ehpad ou il y a forcément des horaires a respecter et un manque de temps.moi je pense que l’on devrai inclure cette technique dans le programme de formation A.S,et que l’on arrête de nous vendre du rêve en disant:30min une toilette, en binome ect ….alors que sur le terrain c vasi court..c assis à table pour midi laver habiller et j’en passe. Moi j’ai travaillé comme ça et je ne veut plus. Je prends mon temps d’écouter le besoin du résident que j’ai en face de moi et j’applique selon ses désir et ses capacités. Résultats collègues sur le dos, cadre qui ç pas trop,je quitte jamais à l’heure mais mes résidents sont heureux et bien dans leur corps quand je m’en vais.

pugeaut said:

Où pratiquer votre méthodologie ? je suis AMP et travaille en EHPAD secteur protégé.
recevez mes salutations.

Morcel said:

Bonjour,
Je suis étudiante psychomotricienne, en alternance en EHPAD. En discutant avec les aides soignantes, j’ai vite remarqué leur difficulté à prendre en charge les personnes démentes. Elles veulent faire correctement les choses mais ne savent pas toujours comment aider la personne âgée. Votre méthode peut être une grande aide pour l’ensemble des soignants. Pouvez vous me donner un peu plus d’informations sur la méthode ?

Camille

atadant said:

Bonjour
si vous n’avez pas l’occasion de faire la formation vous pouvez déjà lire le livre : « humanitude » Yves Gisneste- J.Pelissier ed Armand Colin

Monge said:

Je pense que l’humanitude est en chacun de nous, il suffit de penser que les personnes que nous accompagnons tous les jours pourraient être nos parents, je pense que nous verrions les choses autrement avec plus de sensibilités et de patience. Faire attention à l’autre être à l’écoute dans notre métier c’est primordiale à mes yeux malheureusement il y a quand même ceux pour qui se travail n’est qu’un salaire à la fin du mois à ceux là je dis  » un jour aussi se sera votre tour et vous serez bien heureux d’avoir quelqu’un qui vous regarde, qui vous touche et qui vous parle.

Corinne

Magali said:

Je suis d’accord avec vous toutes je suis Ash soignante et je peux vous dire que certaines aide soignante ne sont là que pour le salaire et ça m’attriste beaucoup car nous ne sommes pas à l’abri d’aller nous aussi en MDR et je peux vous dire que ça me fait peur car j’ai vu des choses qui ne sont pas très joli

GRAINDOR said:

Bonjour, Je suis animateur à temps plein en EHPAD de 60 résidents, j’ai eu la chance de faire la formation « Humanitude en animation » durant une semaine complète. Bien que diplômé en gérontologie, ce concept est certes presque évidents, mais la formation m’a apporté beaucoup « d’outils » pour l’accompagnement de nos ainés. D’autre part, pour ceux qui ne connaissent pas le travail de mes collègues de soins, je peux vous affirmer que si vous passiez une semaine complète à leur coté durant leur travail, les détracteurs qui se permettent de les juger changeraient d’avis. Le travail des ASH ou AS, moi je leur tire mon chapeau car leur métier est très dure physiquement mais aussi psychologiquement.

talakayud said:

bonjour je suis moi aussi aide soignante en ehpad. et je suis pour le concept de l humanitude. je suis depuis peu dans un service ou presque tous les résidents sont alités et mes nouveaux collegues me juge que sur ma performance de vitesse a effectuer des toilettes. je trouves cela decevant et pour moi je suis dans la maltraitance et cela m attriste beaucoup. avant cela je travaillais aupres de personne démante et cela me convenai tres bien. mais l a cadre a fait des changements d équipe et imposer ses choix. je souffre beaucoup de cette situation

Leclercqz Daniele said:

je suis infirmière conseil ds un service aide à domicile ancienne cadre de santé je connait les concept de l’humanitude.
Je viens de découvrir suite à une formation que je viens de réaliser sur la maladie d’alzheimer
qu’une équipe qui intervient chez une patiente atteint de la maladie Alzheimer est très agressive, quelle tire les cheveux des agents, qu’elle griffe et que l’équipe attache la personne au lit le soir au moment du couché…Ma première réaction est de dire « qu’attacher une personne est un acte de maltraitante »Les attaches sont misent en accord avec la famille car il y a un risque de chute
comment doit-on prendre en charge la patiente? autres que parler doucement et avec le sourire

DANC Bernard said:

Mon épouse est Alzheimer en Maison médicalisée. Bravo , dans l’ensemble, aux Aid(e)s Soignant(e)s car on sent qu’ils ont cette approche et cette formation pour certain(e)s. Bravo aussi aux infirmièr(e)s et aux personnels en général. Que de chemin à parcourir pour les médecins prescripteurs…après lectures des avis sur les écrans d’ordinateurs. Leurs prescriptions visent (hélas, le plus souvent) à rendre les patients incapables de répercuter (ou si peu) les paroles, gestes ou regards bienveillants qu’ils reçoivent dans leurs accompagnements.

Dominique Marcorelles said:

Cette approche ou cette prise en charge de la personne est très intéressante . Je suis assistante de vie dépendance certifiée depuis peu , et je pense qu’il est indispensable pour pouvoir être dans la bientraitance de réfléchir à notre façon de travailler . Le problème majeur en EHPAD , c’est le manque de Temps . Je ne vous apprend rien. Pour ma part ,mon père est dans une petite structure et nous communiquons bien avec l’équipe . Merci .

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