L’humanitude, une philosophie du soin et de la relation

Publié le 24-12-2014

Le mot « humanitude » a été créé par Freddy Klopfenstein (Humanitude, essai, Genève, Ed. Labor et Fides, 1980). Aucune définition n’y est associée dans ce livre de pensées poétiques.

Plus tard, Albert Jacquard, en 1987, écrit : « Les cadeaux que les hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu’ils ont conscience d’être et qu’ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites, désignons-les par le mot humanitude. »

Ainsi Jacquard définie une approche « écologique » de l’humanitude.

Enfin, en 1995, Rosette Marescotti et Yves Gineste décident d’écrire une nouvelle philosophie de soins qu’ils baptisent la « philosophie de l’humanitude », car toutes les actions soignantes se réfèrent toujours à une philosophie de soin. Une philosophie de soin a entre autres pour objet l’étude des principes fondamentaux d’une activité, d’une pratique, des réflexions sur leurs sens et leur légitimité.

La « philosophie de l’humanitude », développée dans le cadre de la méthodologie des soins Gineste-Marescotti, constitue une réflexion sur les caractéristiques que les hommes possèdent et développent en lien les uns avec les autres, sur les éléments qui font que chaque homme peut reconnaître les autres hommes comme des semblables et se reconnaître comme faisant partie de l’Humanité. C’est une philosophie des liens positifs.

 

Les principes de l’Humanitude
L’humanitude est une approche  des soins fondée sur l’adaptation du soignant au patient, qui doit toujours être considéré comme une personne. C’est aussi une philosophie du lien, du soutien et de l’accompagnement dans laquelle chacun est considéré comme quelqu’un d’autonome à vie, qui peut faire ses propres choix et sait ce qui est mieux pour lui. Une méthodologie fondée sur un certain nombre de principes de bientraitance :
– Le regard, le regard échangé doit être tendre
– La parole, indispensable lors de l’exécution d’un  soin même si le patient ne peut répondre
– Le toucher est également un appel d’humanitude comme «confirmation de notre présence au monde», particulièrement important lorsque la parole n’est plus là.
– La verticalité : la station debout est celle qui distingue l’humain. Elle a de nombreux bénéfices, tant psychologiques que physiques pour la personne, et ce, à tout âge. Une personne âgée peut et doit vivre « debout ».
Le sourire est considéré comme essentiel dans cette philosophie du soin qui est enfin régie par un principe de bientraitance fondamental : le « zéro soin de force ».

3 questions à Yves Gineste et Rosette Marescotti

Qu’est-ce que la méthode Gineste-Marescotti ?

YG : Notre méthodologie de soins est composée de 150 techniques issues de notre travail de recherche depuis 30 ans destinée à aider à respecter les principes de l’humanitude. C’est une méthode que nous proposons dans des formations à travers des instituts labellisés dans le monde entier (Québec, Japon, Belgique etc…). Quand nous rentrons dans un hôpital nous demandons quelles sont les 10 personnes qui ont le plus de problèmes et nous faisons les soins avec les soignants.
Nous déclinons au plus près cette philosophie de l’humanitude  dans les soins avec une attention particulière aux  grandes valeurs de liberté, égalité et de respect de la personne humaine. Par exemple : quelqu’un qui ne veut pas un soin, on va le reporter, autant de fois qu’il le faudra pour pouvoir le faire dans la douceur. Les techniques mises en place permettent de diminuer les comportements d’agitation pathologiques et agressifs. Les résultats sont spectaculaires : 95% des personnes  qui présentaient des comportements agressifs et qui ont bénéficié de notre méthode, nous caressent et nous embrassent aujourd’hui.

Pourquoi vous centrer sur les approches non-médicamenteuses de la maladie d’Alzheimer ?

RM : Nous réfléchissons beaucoup à la manière de s’occuper des malades d’Alzheimer sans leur donner de médicaments. La philosophie de l’humanitude est centrée sur le lien entre les personnes, la relation soignant-famille, soignant-malade ou famille-malade…

YG : Les approches non-médicamenteuses dans la maladie d’Alzheimer, sont de loin les moins coûteuses et de très loin les plus efficaces. Elles donnent de bons résultats en termes de qualité de vie. La maladie continue certes à évoluer, mais les gens peuvent vivre et mourir relativement sereins.

Comment les approches non-médicamenteuses permettent-elles d’adoucir la fin de vie, face aux souffrances des aidants et des malades qui mènent parfois aux demandes d’euthanasie ?

RM et YG : Tous les débats aujourd’hui sont très mal posés, parce qu’ils reposent sur la peur et l’incompétence. On ne sait pas quoi faire avec ces malades, ça va coûter très cher, ils souffrent, donc on va les aider à  mourir dans la dignité… On constate que lorsqu’on met en place des approches non médicamenteuses et qu’on arme les aidants en mettant à leur disposition des techniques qui leur permettent de mieux faire face à la souffrance que vivent leur proche et de mieux comprendre la maladie, nous n’avons pas de demandes d’euthanasie.

Sandrine Goldschmidt

Tags : Santé : prévenir la fragilité

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