Migrations, explorations, échanges commerciaux, pèlerinages religieux, cures thermales, conquêtes militaires… Nul doute que les voyages sont une constante de notre Histoire. Cependant, comment ont-ils évolué dans le temps ? Quelle place occupent-ils dans la vie des seniors ? Et comment voyagerons-nous demain ?

Qu’y a-t-il de commun entre Usbek et Rica, ces deux Orientaux explorant l’Occident du XVIIIe siècle dans les Lettres Persanes de Montesquieu, et les touristes d’aujourd’hui ? Peut-être la curiosité de l’étranger, l’envie de sortir de la routine, la recherche d’expériences fabuleuses, comme celles des récits de Jules Verne. Une brève histoire du voyage…

 

De la grande aventure au voyage organisé


Une croisière familiale de Gloucester à San Francisco en passant par le Cap Horn en 1936.
Avec le développement des transports, l’émergence des congés payés, l’ouverture des frontières, etc., les voyageurs ont peu à peu troqué le chapeau d’Indiana Jones contre la crème solaire.

Premières vacances des Français 1936 Les congés payés / INA

A partir de 1950, le tourisme devient massif, c’est la grande époque des agences de voyages, des clubs, des pensions complètes et des voyages organisés, fortement prisés par les jeunes mariés et les seniors.

Images du Club Med en Grèce en 1962 / British Pathé

 

Du low cost au tourisme collaboratif
Dans les années 1990, les compagnies aériennes low cost et l’éclatement de l’offre tarifaire démocratisent encore plus le voyage, un phénomène qui ira croissant dans les années 2000 avec l’arrivée d’Internet, des comparateurs de billets et des agences en ligne. 49 % des Français réservent désormais leur voyage entièrement en ligne.

Et les seniors ne sont pas en reste, comme l’illustre la campagne publicitaire de Liligo.com

Enfin, dans les années 2010, le secteur du tourisme s’est réveillé avec de nouveaux concurrents : les particuliers. Le Web 2.0 et l’économie collaborative relient, en effet, les voyageurs entre eux, ces derniers partageant leurs avis et photos sur TripAdvisor ou Booking. En cinq ans, les plateformes de location ou d’échange entre particuliers comme Airbnb ou GuestToGuest ou encore le co-voiturage avec Blablacar envahissent le marché du voyage. 8 % à 10 % de baisse de chiffre d’affaires de l’industrie hôtelière à Austin (Texas) serait ainsi imputable à l’arrivée d’Airbnb. En France, en 2014, « environ un million de voyageurs en train sont partis vers le covoiturage », ajoute Rachel Picard, directrice générale de SNCF Voyages.

Et demain ?

 

Encore plus de tourisme collaboratif
La dynamique collaborative est une tendance de fond, elle infuse progressivement l’ensemble de la société et influe sur nos comportements et nos façons de consommer. De nombreuses entreprises traditionnelles l’ont bien perçu. Le Groupe Accor a racheté un Airbnb de luxe et la SNCF a expérimenté à l’été 2015, TGVpop, un concept de train à la demande. Côté start-up, de nouveaux services toujours plus collaboratifs surgissent continuellement : Colocation de vacances ou Co-Voyageurs sont des sites pour partir en co-vacances afin de faire des économies mais aussi de nouvelles rencontres ; les applications SpottedByLocals ou Greeters mettent en contact des touristes avec des locaux afin de découvrir une ville en dehors des guides touristiques, etc.

Le tourisme collaboratif devrait ainsi continuer à s’étendre et se spécialiser. Les seniors ne seront pas en reste. Freebird Club propose déjà des hébergements entre particuliers à l’attention des seniors ; Seniorly, des courts séjours en maison médicalisées en cas d’absence des aidants ou encore Cettefamille, des accueils de personnes âgées chez des particuliers.

 

Des voyages plus verts… et plus utiles
En outre, les préoccupations écologiques devraient rendre nos voyages moins consuméristes, plus utiles et plus responsables. Finis les séjours dans des îles lointaines à farnienter, nous opterons pour l’imprégnation douce avec le slow travel ou encore pour le wwoofing (stages dans des fermes bio), l’éco-volontariat (mission de protection de l’environnement), les vacances humanitaires, etc.

Le WWoofing : apprendre les techniques de l’agroécologie quelques heures par jour pendant ses vacances

 

Du roadtrip au voyage sidéral
Dans 20 ans, avec les véhicules autonomes, nous pourrons renouer avec les roadtrip, sans avoir besoin de conduire, revivant l’époque de la mythique route 66, de Jack Kerouac à Easy Rider. Plus loin dans le futur, nous volerons en supersonique, dans des avions transparents ou solaires, etc.

L’atterrissage du Solar Impulse 2, un avion solaire, au Sultanat d’Oman

Quant à aller flirter avec les étoiles, mieux vaut pour l’instant ménager sa monture…


Nouveau crash du premier étage du lanceur de SpaceX / Futura-Sciences, 2016

… et se contenter de la stratosphère ou des futurs vols suborbitaux, à la frontière entre l’atmosphère et le vide spatial, Jeff Bezos, le patron d’Amazon, nous le promet pour 2018 !

Voyages en bloon dans la stratosphère

En attendant ces réjouissances sidérales, nous pourrons peut-être visiter, à partir de 2030,  d’autres contrées inexplorées : les fonds marins.

Ocean Spiral (Shimzu Corporation) : une ville sous-marine dans une vaste sphère de 500 m de diamètre
Ocean Spiral (Shimzu Corporation) : une ville sous-marine dans une vaste sphère de 500 m de diamètre

Et pour ceux qui n’auront pas les moyens physiques ou financiers de se payer de tels voyages, il restera les livres de Jules Verne ou d’Isaac Asimov et puis surtout la réalité virtuelle. En effet, ce n’est plus tant le jeu qui importe certains éditeurs, comme Ubisoft, mais la création de mondes virtuels tellement riches, tellement réels, que les explorer devient un but en soi, explique au journal Le Monde, Serge Hascoët, directeur créatif d’Ubisoft. Ces nouveaux jeux, en alliant intrigues et visites touristiques, pourraient bien nous ramener au temps des grandes aventures !

Usbek & Rica

Voyages vers le futur