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Vieux mais pas incultes !

Publié le30-11-2015

Il n’y a pas d’âge pour se cultiver. La culture, c’est avant tout un espace de liberté et d’expression, une stimulation intellectuelle, un rapport sensible aux autres. Pourquoi s’en priver ?


Depuis les baby-boomers, la culture n’a plus d’âge

Le ministère de la Culture observe, tous les 10 ans depuis 35 ans, les évolutions des pratiques culturelles des Français. Dans la dernière édition, en date de 2008 (vivement 2018 !), il ressort clairement que les effets générationnels jouent bien plus que l’âge dans le rapport à la culture. Les baby-boomers ont notamment marqué une rupture forte dans les comportements sur la question, dans la mesure où ils ont bénéficié d’une démocratisation scolaire qui leur a donné un capital et des habitudes qu’ils ont conservés, une fois adultes. Autre élément clé : les femmes ont enfin pu accéder librement au monde des arts et des lettres et elles ne s’en sont pas privées.

Les années 1970 ont ainsi porté une génération culturellement engagée et consommatrice d’arts qui, une fois à la retraite, ne s’est pas assagie. Les générations d’après ont suivi le mouvement. L’allongement de la durée de la vie a alors mathématiquement provoqué un vieillissement des publics dans le domaine culturel : « En 2008, aucune des activités étudiées n’a un public dont l’âge moyen est inférieur à 30 ans, comme c’était le cas en 1981 pour l’écoute quotidienne de musique, la lecture régulière de livres, les pratiques en amateur ou la fréquentation des salles de cinéma, etc. », notent les auteurs de l’étude. Il est vrai, néanmoins, que les plus de 65 ans sont toujours plus fortement présents dans les concerts de musique classique que dans les concerts de rock ou de rap… Ils sont aussi, sans surprise, accrocs aux journaux imprimés : 47% de la génération née entre 1925 et 1934 lisent la presse quotidienne tous les jours ou presque. Ce sont aussi des dévoreurs de livres. 22% des femmes de cette même génération lisent au moins 20 livres par an. Les visites aux musées, les expos, l’écoute de la musique, la pratique amateur, la télé, bien sûr… il n’y a pas un seul univers culturel qui soit boudé par les seniors.

A tel point que certains ont cru malin de servir une culture spéciale « senior », à l’image de la ville de Saint-Etienne qui a lancé, avec humour certes, un pass loisir senior. Ce pass inclut des sorties « culturelles », à choisir dans un catalogue : concert de rock pour seniors (avec des papys rockeurs…), des films d’archives à la cinémathèque, une visite du Mémorial de la Résistance et de la Déportation, un spectacle de Disney sur glace (un spectacle intergénérationnel, dit la brochure), un thé dansant… Autre exemple : l’université Temps Libre d’Aix en Provence. On y découvre dans le programme de la marche nordique, du bridge, de la randonnée. Enfin, heureusement, il y a aussi de l’Histoire de l’Art, de la géopolitique… Mais tout de même : quel cliché !


La culture n’est pas que générationnelle

Certes, ce qui a été adulé par les jeunes un jour (comme les yéyés dans les années 1960), le sera, des années plus tard, par les mêmes qui auront vieilli… Ainsi, on ne peut pas donner totalement tort à une initiative comme celle de la ville de Saint-Etienne. Néanmoins, il reste hasardeux d’enfermer la culture par génération, car de plus en plus, les anciens apprennent des plus jeunes, créant des ponts culturels inattendus, à l’image de l’atelier « Game Older », le mardi matin, à la Gaîté Lyrique, à Paris, qui propose aux seniors une initiation aux jeux vidéos, depuis 2011. Et ça marche !

Les jeux vidéos se déploient aussi dans certaines maisons de retraite, notamment la Wii, qui, en plus de divertir, entretient l’état physique et la vivacité d’esprit des plus âgés.


Reportage dans une maison de retraite à Clairefontaine (Charlotte Notteghem, Adèle Caroni)

 

Plutôt que de faire de la sous-culture pour seniors, mieux vaut faciliter l’accès à la culture tout court !
L’approche est plus subtile : il s’agit de s’adapter ou de s’ouvrir à une population âgée, parfois aux capacités physiques réduites et aux ressources limitées, non de décider à leur place quels types de spectacles, films, livres… pourront leur convenir. De nombreuses bibliothèques, comme celle de Grenoble, par exemple, proposent un service de prêt de livres à domicile pour celles et ceux qui rencontrent des difficultés à se déplacer. On y propose même une lecture à domicile, effectuée par des bénévoles.
Les réductions, les gratuités pour les accompagnateurs et les horaires adaptés, comme dans ce cinéma à Vitré en Bretagne, permettent même un meilleur accès à la culture. Les universités ouvrent également de plus en plus leurs portes, sans condition de diplôme ou d’âge, à un large public. Les conférences de la Sorbonne sont par exemple très courues par les retraités, tout comme l’est l’Université populaire de Caen, fondée par Michel Onfray, en réponse au repli sur soi au sein de la population française depuis 2002 : « Si on dit aux gens réfléchissez, pensez, examinez par vous-même, cela finit par marcher et au bout d’un certain temps, cela devient une seconde nature », explique le philosophe.

Et même lorsqu’un âge très avancé laisse peu de place à une pratique culturelle intense, notamment en établissement spécialisé, où elle se résume souvent à une télé allumée en permanence, l’envie de culture est toujours là. Il faut juste savoir la réveiller. C’est ce qu’a réussi la comédienne et chanteuse Nathalie Guéraud avec son personnage fantasque de Louise La Fredonneuse. Parcourant les couloirs de l’EHPAD Val de Brenne de Montbard, en Bourgogne, elle a frappé aux portes de chaque pensionnaire, leur proposant de chanter pour eux, dans l’intimité de leur chambre : « J’ai voulu interagir avec chacun, individuellement (ils étaient bien sûr libres de refuser), afin d’établir un contact humain authentique. La chanson, qu’ils choisissaient eux-mêmes, ravivait des souvenirs, et la voix a capella, sans artifice, faisait ressurgir des émotions fortes. Nous avons vécu ensemble de précieux moments d’échange et de vie ».
Qu’on se le dise, la culture est une nourriture essentielle à la vie humaine. Il n’y a pas d’âge pour la déguster.

 

Usbek & Rica

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