Avec « Retiens ma nuit », l’écrivain et journaliste Denis Tillinac, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, retient notre souffle. Ses deux protagonistes sont des « sexygénaires » qui s’aiment à l’âge d’être grands-parents. Un beau roman sur les affres d’une passion amoureuse inattendue.

François, marié à Claire depuis 37 ans, aime Hélène, épouse de Franck depuis trop longtemps. L’équation pourrait sembler banale mais sous la plume aiguisée de Denis Tillinac, elle ne l’est pas. Ses personnages sont des « baby boomers » qui ont eu une vie, des enfants. Ils ne sont plus de toute première main… Ça change de Roméo et Juliette ! Ainsi, dans le journal offert au regard du lecteur, François, médecin de campagne près de Blois, écrit : « Passé la soixantaine, les élans romantiques ne sont plus de saison ». Et si Tillinac expose très bien la difficulté d’une pratique médicale en province et les dîners de notables ennuyeux -on sent qu’il y a pris grand plaisir-, c’est bien la liaison entre deux êtres assoiffés d’amour qui est au cœur du récit. François, grand rêveur, «  absent de lui-même », vit parmi les livres. Jusqu’au jour où il rencontre Hélène dans une galerie d’art. « Hélène était à la fois improbable et inéluctable. » La rencontre le bouscule, le réveille, le transforme.

De nouveau, il regarde son corps laissé en chantier et de nouveau, la question du désir de plaire et de la nudité se pose. Les pannes sexuelles de ses patients ? Ce médecin en parle comme des « éclipses de la virilité ». « Faute d’ électricité, ajoute-t-il, on peut s’éclairer à la bougie, à la lampe à huile, avec un briquet. Il y a aussi les clairs de lune. » Belle allégorie. François ne peut plus se passer d’Hélène mais divorcer lui est impossible. Leurs étreintes finiront par laisser un goût amer.  « Vers la fin, trop de fiel corrompait nos extases ». Sa jalousie s’accroît, son amante rompt et impose un temps d’arrêt de la relation. Il ne sait pas qu’elle est partie s’occuper de sa mère qui réside dans un Ehpad. Hélène, en écho au journal de François, signe alors une longue lettre. Son mari ? « Il ne mérite pas ton mépris », dit-elle. Ses propos sur le couple sont sombres mais lumineux sur leur histoire : « L’amour rêvé, c’est toi. (…) Toi si loin. Toi si près. Je t’ai attendu presque un demi-siècle. » Ou encore : « Je veux l’amour jusqu’au dernier souffle. » De ce roman au style lyrique presque désuet se dégage vraiment un charme intemporel très séduisant.

 

Marina Lemaire

Titre : retiens ma nuit« Retiens ma nuit »,
Auteur : Denis Tillinac,
Editeur : Etions Plon, 176 p.
Prix France : 17.90 €.

Les « sexygénaires » et l’amour de Denis Tillinac