Autour de la table, les 5 et 6 novembre derniers, ils étaient une petite dizaine de « baby-boomers », hommes et femmes venus d’horizons différents, venus plancher sur le thème de la santé. Parmi eux, deux experts du secteur, l’un du « quantified self » (Alexandre Plé d’Umanlife), l’autre de l’information médicale (Corine Le Roux, Ker Anatomy). Profils divers, modes de vie et façons d’envisager la vie parfois aux antipodes, les discussions ont été riches. Comment envisager son vieillissement en bonne santé ? Au coeur des enseignements de la thématique, la nécessité que les technologies soient au service de l’humain.

Une bonne santé dans une dynamique sociale
D’abord, le constat d’une évidence : être en bonne santé, c’est primordial. Ainsi, pour « l’équipe santé » comme pour l’ensemble de la population française ( 64 % estiment que bien vieillir, c’est être en bonne santé, 93% parmi les seniors, selon l’Observatoire Cetelem), le principal défi du bien vieillir demain c’est de pouvoir rester autonome. A quoi bon vivre plus longtemps, si c’est pour être malade, isolé ou dépendant ? A contrario, tous ont souligné que conserver une bonne dynamique sociale était une clé pour envisager son vieillissement avec optimisme. Il leur restait à dégager ensemble, par le travail en groupe et les échanges, un consensus sur les meilleurs moyens d’y parvenir.

Le transhumanisme, c’est non
Le groupe santé, comme l’ensemble des baby-boomers de notre Jam, a très clairement rejeté l’idée de la vie éternelle. Avoir entendu Pierre Calmard (IProspect France) annoncer tout de go que « l’Humanité va disparaître » et qu’on vivrait peut-être 400, 500 ans ou éternellement, ne les a pas séduits, bien au contraire. Le rejet du transhumanisme a été presque violent. Faire progresser la technologie et la médecine pour vivre une vieillesse en bonne santé, tout le monde est d’accord avec ça. Viser la vie éternelle au prix d’une transformation de l’espèce humaine, la réponse est à la fois sans ambigüité et unanime : c’est non.

Méfiance vis-à-vis des nouvelles technologies
Santé existenceFace au monde qui change et aux possibilités offertes par les nouvelles technologies pour améliorer notre santé, la première réaction a été de la méfiance. Ainsi, après les conférences du matin, les baby-boomers ont pu visiter le Cardif Lab, le laboratoire d’innovations de BNP Paribas Cardif, et découvrir les tendances de la santé de demain sur des panneaux prospectifs. Un ensemble d’innovations qu’ils étaient ensuite invités à évaluer, d’un point rouge pour celles qu’ils rejetaient, d’un point vert pour celles qui emportaient leur adhésion. Alors que les solutions de santé connectée, le « quantified self » et le corps augmenté ont inspiré beaucoup de points rouges, l’idée d’une médecine douce ou préventive, et la possibilité d’une « slow life », loin de l’accélération permanente dans
laquelle nous vivons, ont mis tous les voyants au vert.

 

 

Débat, contradictions et cheminement collectif
Les premiers échanges n’ont donc pas été sans débat, ni sans contradiction. A l’image de ce que Thierry Keller, le rédacteur en chef d’Usbek & Rica, avait dit lors de son intervention le matin même : « face à la technologie, nous sommes tous un peu schizophrènes ». Car si les technologies inspirent de la méfiance, elles fascinent aussi. Et si on en a peur, on en a aussi besoin. Ainsi, les baby-boomers qui semblaient d’abord se tourner vers le retour à l’authentique et à la prévention, dès qu’on abordait des exemples concrets, devenaient demandeurs de solutions curatives et technologiques, qui leur permettent de rester autonomes le plus longtemps possible. Au fil des échanges et du cheminement collectif, les baby-boomers ont petit à petit réussi à dessiner un consensus, à exprimer le cadre dans lequel ils étaient prêts à s’approprier le futur connecté.

Rester maître de ses données
Ils ont par exemple effectué un véritable revirement par rapport au « quantified self ». Pour cela, il a fallu qu’ils se sentent rassurés sur le fait qu’ils pourraient rester maîtres de leurs données de santé, même s’ils utilisaient des bracelets, montres connectées ou autres. Une fois intégré que ces outils pouvaient leur permettre d’être maîtres de leur santé, ils n’ont plus eu de difficultés à envisager de les partager avec leur médecin ou avec des applications numériques.

Donner du sens
Enfin, l’équipe santé a dû résoudre une autre contradiction. Epris de liberté et soucieux de rester maître de sa vie, le baby-boomer est en même temps un peu désemparé à l’idée de se retrouver seul face à la technologie. Aussi les « jammers » ont-ils plébiscité le recours aux services d’un coach santé numérique qui serait également relié à un médecin si nécessaire, pour mieux assurer leur prévention et mieux les accompagner dans cette démarche.

Une technologie au service d’une humanité retrouvée
C’est finalement cela l’enseignement majeur de ce jam pour inventer le « vieillir demain », et qu’on retrouve à travers la thématique de la santé : face à un monde qui change à une vitesse parfois sidérante même lorsqu’on est encore autonome et déjà connecté, nos participants ont eu besoin d’être rassurés sur le sens que l’on donne à ces nouvelles technologies. Face à un futur qui se laisse parfois envahir par « l’idéologie du futurisme » dont parlait lors de sa conférence Thierry Keller, c’est bien à nous, acteurs de ce monde qui change, et en particulier aux seniors, de veiller à ne rien perdre en humanité.

Santé : ce que le « Jam » révèle