Rennes est ce qu’on appelle une « ville amie des aînés ». En rejoignant dès 2011 le réseau mondial mis en place par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), Rennes a fait le choix d’une politique de l’habitat résolument favorable au vieillissement. Reportage.

Urbanisme et prise en compte du vieillissement
Beauregard, quartier moderne dans le Nord de Rennes. C’est une ZAC qui accueille la « FRAC », Fondation régionale d’art contemporain. Un bâtiment cubique et un peu sombre bordé d’autres immeubles modernes et de longues allées qui permettent la circulation des cyclistes et des piétons.
A proximité, un centre commercial. Un grand terrain, encore désert. C’est le lieu qui a été choisi par la ville de Rennes pour la première mise en application de plusieurs années de travaux sur la démarche « Ville amie des aînées » mise en place par l’OMS et de la prise de conscience des élus de la ville de la nécessité de prendre en compte le vieillissement de la population dans les politiques globales de la ville.

Ni établissement, ni résidence services
Ici, doit être construit un immeuble de 117 logements. C’est un bailleur social, Habitat 35, qui a remporté le concours organisé par la ville de Rennes. Sur un terrain réservé autrefois à la construction d’un Ehpad c’est au contraire un immeuble social innovant qui verra le jour. Ni établissement, ni résidence services, il proposera à la fois des logements adaptés au vieillissement, un environnement propice et une mixité sociale et de générations destinée à lutter contre l’isolement et renforcer le lien social. Des logements seront réservés aux aînés, aux personnes en difficulté sociale, d’autres en accès à la propriété, d’autres encore à des étudiants.

Des espaces communs
En outre, l’immeuble aura des espaces communs : salle des machines à laver, mais aussi 70 m2 à caractère convivial. Et surtout, une expérimentation d’espaces communs entre 2 appartements. Ainsi, 8 logements doubles vont être proposés, avec une pièce commune.
Des associations d’aide à domicile, des associations culturelles et d’animation seront également sollicitées. A proximité, un centre commercial, au pied de l’immeuble, un arrêt de bus qui rejoint le centre ville en 15-20 minutes.

La démarche « Ville amie des aînées à Rennes »
Ce projet est l’aboutissement de plusieurs années d’une démarche née de la prise de conscience, du besoin de faire évoluer la ville pour qu’elle soit plus accueillante pour les personnes âgées.
Véra Briand, adjointe aux personnes âgées de la ville, explique que cette nécessité est apparue autour d’une réflexion collégiale. Dès 2008 un comité de pilotage sur la question de l’habitat a été mis en place, prenant en compte la volonté des habitants de rester à domicile. Tout le monde a alors réfléchi à ce que pouvait signifier un « habitat favorable au vieillissement », les bailleurs sociaux ont fait un diagnostic de leurs parcs pour voir si leurs immeubles étaient adaptés ou adaptables.
Clairement, il est apparu qu’il ne suffisait pas d’adapter les logements, explique Véra Briand : « On ne peut enfermer les  aînés dans une cage dorée dont ils ne pourraient sortir parce que ni l’immeuble ni l’environnement ne sont, eux, adaptés ».

Chercher la simplicité dans l’équipement
Les différents acteurs ont ensuite mené une expérimentation grandeur nature sur l’introduction de nouvelles technologies dans l’habitat. Un appartement a été mis à disposition de personnages âgées locataires sociaux, et de nombreux équipements ont été testés. Conclusion de cette expérience, explique Viviane Pihan, responsable de la Direction des Personnes âgées, il est apparu qu’il ne fallait pas toujours chercher des équipements trop compliqués, des choses simples étant parfois plus intéressantes, comme « les chemins lumineux pour éviter les chutes, les volets électriques, les visiophones pour la sécurité ». Enfin, la question de l’accessibilité des halls d’entrée a été soulevée, elle est fondamentale : permettre un accès facile à la fois aux personnes en perte d’autonomie mais aussi à toutes celles qui viennent pour les aider : aidants familiaux, services d’aide à domicile.

Chaque ville peut choisir les sujets sur lesquels elle peut se concentrer. A Rennes, le logement, à Lyon les transports, à Dijon la maison des seniors, etc.

Beauregard, une démarche participative
La ville a alors lancé une grande consultation auprès des habitants, en organisant des cafés citoyens où ont été représentées des personnes âgées, mais aussi des personnes vivant en colocation intergénérationnelle, pour faire émerger idées et aspirations. Enfin, un colloque a permis de découvrir la démarche ville amie des aînés et a séduit toutes les équipes, qui se sont alors lancées.
La municipalité a choisi de se concentrer sur la question de l’habitat adapté et d’un environnement favorable, et s’est lancée dans une cartographie des quartiers « amis des aînés » (qui constituent un périmètre de 200 à 300 mètres autour du logement) où concentrer ses efforts.
C’est à partir de là que le projet de Beauregard a été lancé. Il sera le premier aboutissement de cette démarche dans laquelle la Ville de Rennes s’est beaucoup investie.
Son objectif est donc non seulement d’offrir un immeuble où il fera bon vivre ensemble et en sécurité par rapport à la perte d’autonomie, mais aussi de le faire dans un quartier où l’accès à la culture est facilité (d’où la proximité de la FRAC), où il y a des commerces proches, une boulangerie et une pharmacie, idéalement un cabinet médical, des voies accessibles et des bancs pour se reposer.

Sandrine GOLDSCHMIDT

Rennes, ville amie des aînés