« Booster d’énergie pour les seniors » : avec un tel crédo, la société « Philomène » ne pouvait que susciter notre curiosité. Sa créatrice pétillante Mathilde Barba Sabbagh expose la gamme originale des prestations de services qu’elle a développées pour les seniors.
Génération Care : Comment naît l’idée d’offrir aux seniors des prestations dans le domaine de la culture et des loisirs ?

Mathilde Barba Sabbagh : J’ai géré l’entreprise industrielle de mon conjoint près de Lille pendant de nombreuses années. Jusqu’au jour où mon père a eu un AVC et s’est retrouvé dans une maison de retraite avec 20 kilos de plus, confié à d’autres personnes certes bienveillantes mais qui n’étaient Philomène photo2 - Copiepas capables malgré tout d’apporter une richesse intellectuelle à un monsieur de 70 ans. Plus tard, je suis allée voir mon beau-père, un amiral qui, lui, ne parlait pas. Aucun échange. J’ai insisté une fois, puis deux. Puis il m’a montré des documents qu’il accumulait sur la peinture de son propre père, un artiste peintre des années 25/30. J’ai dit à mon mari que s’il me donnait carte blanche, j’en ferais un livre. Tous les mardis, je suis allée rencontrer cet homme pour écrire un livre magnifique. L’amiral avait un projet. Il préparait quelque chose. Chaque semaine, il réalisait une recherche. C’était magique. Je l’ai fait naturellement pour d’autres, alors j’ai songé à créer la société. J’ai lu toute la littérature sur le sujet pendant des années et interviewé des personnes âgées. J’allais baisser les bras car c’est compliqué une entreprise, il y a des responsabilités, lorsqu’un soir un monsieur m’a téléphoné d’Espagne. Sa mère vivait à Paris. Il pensait qu’on pouvait l’aider à utiliser l’informatique pour communiquer. C’était parti !


G. C. :
Sur votre site Internet, vous soulignez la notion d’éveil. On s’endort quand on vieillit ?

M. B. S. : Réfugié dans ses habitudes, on s’endort, on se recroqueville. Le vieillissement, c’est un peu l’inquiétude de ne pas pouvoir absorber la nouveauté. Notre travail est d’habituer les gens à voir ou revoir quelque chose de neuf. Il s’agit simplement parfois de parler à un inconnu à un comptoir de café ou d’oser choisir de la mozzarella pour une pizza. Nous avons accompagné plusieurs semaines dans Paris une dame tétanisée par l’idée d’aller dans les magasins, de choisir une autre marque de produit. Au début, elle ne voulait pas écrire dans un cahier ce qu’elle faisait. Aujourd’hui, elle écrit elle-même, elle a des choses à raconter.


G. C. :
Comment Philomène entre-t-elle en action ?

M. B. S. : Tout se fait au domicile de la personne, ça peut être aussi en EHPAD. Nous observons le cadre de vie. Si je remarque que quelqu’un a des BD chez lui, ça alimentera la conversation. Je me demande ce qui va lui faire plaisir. Oser se faire plaisir et savoir comment le faire est essentiel. Il y a toujours une demande au départ. Elle peut venir de l’entourage. Ensuite, on constitue un binôme avec un intervenant qui se déplace chez la personne une fois par semaine pour conduire un projet. C’est le fil conducteur : ça peut être de revisiter Paris, de retourner à un cours de dessin collectif, de jouer au bridge, aux cartes, de faire un mur de photos de sa famille dans sa cuisine, ou d’organiser un anniversaire avec des musiciens. Autant de projets que de demandes. Cela redonne un sentiment d’utilité.

G. C. : Qui sont vos intervenants ?

M. B. S. : Des personnes issues d’un recrutement dans les grandes écoles, les formations de médiateurs ou d’avocats mais aussi par le bouche à oreille. Tous ont une capacité à écouter et stimuler l’autre pour apporter une dynamique. Car il faut savoir relancer une conversation. Si on repère une série de photos chez une dame qui parle peu, on apporte une tablette, un livre, un jeu, des éléments de stimulation. Cela cassera la relation frontale et permettra de dériver sur une émotion.

G. C. : Quelles sont les prestations les plus demandées ?

M. B. S. : Une part importante est consacrée aux récits de vie. On nous contacte aussi pour écrire un livre de cuisine pour les petits-enfants mais plus tard ce sera peut-être pour un cocktail ou préparer un voyage. Ou une fête. Une dame de 80 ans a voulu apprendre à faire ses courses sur Internet.


G. C. : Vous proposez même un chèque cadeau « Philomène »

M. B. S. : Oui. Un petit-fils ne pouvait être présent à Noël. Pendant cette période, nous avons pallié son absence en construisant un projet afin que sa grand-mère ait envie de se lever le matin.
Qu’elle ne soit pas dans la passivité. Jamais. Toujours dans l’action.


G. C. : A titre personnel, qu’est-ce que cela vous apporte ?

M. B. S. : Du bonheur ! Très jeune, j’ai eu envie d’être disponible pour les autres et de faire en sorte que les gens aillent bien. Il faut s’occuper des gens malades, mais aussi en amont, pour qu’ils ne le deviennent pas. Ce n’est pas si facile de vivre. Alors si on peut rencontrer quelqu’un comme « Philomène » qui apporte une jolie étincelle…

 

Propos recueillis par Marina Lemaire

 

 

Avec pilomène photo3plus d’une centaine de projets suivis depuis 2013, “Philomène” poursuit son développement en régions avec depuis peu une présence à Nantes et à Bordeaux.

 

Quel phénomène cette Philomène !