Depuis 2008, l’association OLD-UP mène une action avec les « Plus si jeunes mais pas si vieux » pour faire parler du « vieillissement durable et actif ». Elle organise, entre autres, de nombreux ateliers parisiens, des formations au numérique et met en valeur son expérience novatrice lors d’interventions publiques. Sa présidente, Marie-Françoise Fuchs, « jeune octogénaire » lumineuse, nous explique leur philosophie.


Génération Care : Quel a été l’élément fondateur créateur d’OLD-UP en 2008 ?

Marie-Françoise Fuchs : J’avais créé l’Ecole des grands-parents en 1994. Dix ans après, j’ai pris conscience d’un changement pour  moi et mes collègues. Nous étions passés à une autre étape de la retraite. Ce n’était pas un couperet mais il y avait tous ces changements profonds et subtils dans nos vies, à la fois intimes, corporels et dans la relation sociale. Nous avons entrepris des recherches sur ce sujet et monté un petit groupe. Puis on a estimé qu’il fallait prendre en compte cette génération car le début du 21ème siècle a apporté l’apparition de ce vieillissement extrêmement pérenne. Ces choses à expérimenter, nous devions nous en emparer, les apprivoiser, pour donner sens et utilité à cette période.


G.C.
: Vouliez-vous casser les préjugés sur la vieillesse ?

M-F. F. : Le vieillissement est une aventure malgré les avatars. On perd des capacités, des gens avec qui on a construit notre vie. On s’adapte. Nous avons plus de 80 ans et n’avons pas été familiarisés avec le numérique au cours de notre période de travail. Nous sommes donc les apprentis d’une vie nouvelle. On a eu l’idée de tester les bornes RATP. Dieu merci ! Car plus aucun buraliste ne vend de ticket de métro ! Or nous devons continuer à pouvoir aller et venir.
Sans être perdus dans la société…
Oui. La SNCF nous a sollicités pour l’utilisation des TGV. De fait, nous sommes plus attentifs aux fragilités des uns et des autres. Nous n’allons pas rester assis dans un coin au bord de la route à attendre que ça se passe ! A la retraite, on peut avoir 25 ans devant soi. Penser un projet est nécessaire. Nous devons être utiles ; trouver notre rôle dans la société et avoir une place élargie. Nous savons aussi qu’il nous sera impossible de nous passer d’un nombre d’outils maintenant. Le téléphone nous a beaucoup aidés. La tablette, pour sa maniabilité, son faible poids et sa dimension lisible est l’outil le plus intéressant. Des jeunes étudiants viennent nous former.


G.C.
: OLD-UP organise une quinzaine d’ateliers par mois. Quels sont-ils ?

M-F. F. : Neuf maisons d’associations parisiennes accueillent nos ateliers. Certains laissent une place à la réflexion sur « comment s’approprier le vieillissement », par exemple. D’autres permettent de rester dans le coup. Nous en préparons un sur la réforme du collège. Il y a aussi des groupes sur le sens de la vie. L’Europe est aussi au cœur de nos préoccupations car une partie de notre population (60% des 300 adhérents a plus de 80 ans) a vécu sa construction.
Les octogénaires ont aussi un groupe de paroles…
Ils sont libres de venir en toute authenticité, avec plaisir et humour. La rencontre est essentielle. D’ailleurs, une structure spécifique manque. Enfant, on se fait des copains. Puis on crée sa famille. Plus tard, on rencontre des collègues de travail. A la retraite il n’y a aucun lieu pour se retrouver et faire des choses intelligentes. Oui, on peut jouer au bridge, aux cartes ou faire du patchwork avec une maison de quartier mais c’est insuffisant ! Il manque un lieu de vie où l’on trouverait des ressources informatives, médicales, formatrices sur le savoir-vivre aujourd’hui. Dans ce cadre, l’intergénérationnel sera essentiel. Que de jeunes étudiants deviennent nos professeurs, c’est positif. C’est un rendez-vous de plaisir.


G.C.
: Qu’apporte le bénévolat à vos adhérents ?

M-F. F. : Une stimulation. Un monsieur propose des idées qui fonctionnent. Il est devenu un meneur… Il y a une reconnaissance des capacités de chacun.


G.C.
: La société prend-elle les bénévoles suffisamment en compte à vos yeux ?
M-F. F. : Non mais nous non plus. A part raconter des histoires sur la guerre… nous n’avons pas réalisé les acquis de l’expérience de vie. Nous sommes aptes à faire d’autres choses avec nos disponibilités et fragilités. Le rapport au temps est différent. On peut goûter la vie autrement. Chaque déficit provoque un acquis. Si je perds et cherche un objet et que de cette façon je retrouve à la place le dessin d’un petit-fils, c’est un moment d’émerveillement… Sourions à cette vie qui s’exprime.
L’association a 7 ans. On dit que c’est l’âge de raison…
Au début, on apprend à vivre, on organise les choses. Ensuite, d’autres peuvent prendre le relais. Le temps qui vient sera différent : je cherche une locomotive.


G.C.
: Cherchez-vous un successeur ?

M-F. F. : Oui et ce n’est pas évident ! Nous avons eu une vraie pensée sur la remise en route de la vie et de l’achèvement de celle-ci. Avec d’autres partenariats, nous pourrions encore nous étendre mais la difficulté de trouver des gens de plus de 80 ans qui veulent entreprendre est réelle. L’énergie disponible est moindre.


G.C.
: Vous préparez un colloque* en octobre avec une fête des apprentis centenaires. De qui s’agit-il ?

M-F. F. : Nous sommes les apprentis d’un long vieillissement. Nous n’avions pas imaginé que certains vivraient jusqu’à cent ans. Nous fêterons cette promesse du temps qui nous est donné : celle d’un monde qui ne se ferme pas mais, au contraire, s’ouvre.

 

Marina Lemaire

 

* Colloque OLD’UP “Comment l’esprit vient aux vieux! A la découverte du « Vieillissement durable », le 10 octobre 2015 au Conseil Economique et Social. Avec la Chorale Senior Pop-Rock du grand mix.
Contact : Contact@old-up.eu

On est vieux mais tout est possible