New York, ville mythique, face au vieillissement de sa population. Pour les plus jeunes, synonyme de vitesse, d’excitation, d’énergie, un endroit où tout semble possible, un monde de promesses. Mais c’est aussi une ville surpeuplée, aux transports bondés, où la patience n’a pas sa place et où les seniors cherchent la leur.

Le poids des seniors
Comme toute ville, New York voit sa population vieillir. En 2030, la population des 65 ans et plus atteindra 1,35 millions de personnes, soit une augmentation de plus de 44% par rapport à 2000.  Le Département de la Planification estime même que le nombre de personnes âgées sera égal au nombre d’enfants, soit 15 % de la population dans chaque groupe. Un équilibre très différent de celui des années 50 où il y avait deux fois plus d’enfants que de seniors. Pour la ville, ce vieillissement de sa population a des conséquences importantes dont la première se manifeste par l’influence grandissante des seniors sur les décisions municipales. Les seniors sont nombreux, organisés et ils ont le temps. Puissants dans la défense de leurs intérêts, ils représentent un vrai poids économique : selon l’AARP, l’organe représentatif des plus de 50 ans, ils constituent 30 % de la population américaine et détiennent plus du 50% du pouvoir économique.
Aussi, quand les seniors se sont manifestés auprès du maire de New York, l’administration et les services les ont écoutés attentivement.

Une démarche participative
La ville a donc décidé de prendre les choses en main et d’essayer de rendre la ville plus « senior friendly » c’est-à-dire plus adaptée à leurs  besoins, à leurs modes de vie et de consommation. Elle a été poussée dans cette démarche par le puissant groupe Manhattan Together (MT).
MT regroupe des représentants de mouvements associatifs, religieux ou sportifs, de mouvements de seniors ou de handicapés, des citoyens actifs et concernés… Leur but commun : résoudre des problématiques de la ville, être force de proposition et de lobbying auprès des administrations. Manhattan Together a décidé que le vieillissement de la ville était un sujet sur lequel ils voulaient positionner la ville et ont ainsi lancé, dans cette perspective, un vaste mouvement participatif.
Plus de 30 « town hall meetings » et de nombreux « focus groups » ont été organisés à travers la ville, demandant aux personnes âgées ce qui pouvait le plus contribuer à améliorer leur vie quotidienne.
Les réponses étaient simples : que la ville soit plus sûre, plus éclairée, que le temps pour traverser les rues soit rallongé, que les trous dans les trottoirs ou les rues soient bouchés, que des bancs soient installés dans les rues et devant les centres commerciaux, que des toilettes publiques gratuites soient installées, que le système du tout-à-l’égout soit amélioré pour qu’ils puissent ainsi traverser sans encombres même en cas de forte pluie ou de neige. Ils souhaitent également voir fleurir des enseignes « senior friendly » à l’instar de ce que font certains restaurants qui proposent des menus équilibrés et écrits plus gros, des magasins aux horaires privilégiés « seniors » et proposant des promotions sur les produits qu’ils consomment plus particulièrement ou tout simplement des magasins offrant des verres d’eau…

Une entente tripartite : citoyens, entreprises et administration
Trois axes de travail ont ainsi été définis pour rendre « senior friendly » les rues, les magasins et les communautés d’habitants.
Quelques actions concrètes ont déjà vu le jour : 2 zones pilotes ont été créées – une dans East Harlem, l’autre dans l’Upper East Side. Le but de ces zones tests est de créer un partenariat privé/public où les entreprises sont encouragées à adopter des aménagements pour les seniors, en termes de services, de promotions, d’activités intergénérationnelles et  éducatives.
Autres aménagements : 400 intersections (dont Broadway & 72nd street) ont vu leur temps de changement de feux rallongé facilitant ainsi la traversée des personnes âgées ; des itinéraires de bus ont été organisés afin d’amener des seniors âgés vers des magasins d’alimentation, ce qui leur permet d’être plus autonomes. Pour avoir accès à ce service,  il leur suffit de s’inscrire par téléphone ou Internet.
D’autres idées fleurissent parfois, là où on ne les attend pas : afin d’apporter plus d’animation dans les résidences seniors, des artistes sculpteurs ou peintres sont venus y installer leur studio ou leur atelier.
Les restaurants, quant à eux, ont écrit leur menu plus gros, amélioré la luminosité des salles, composé des menus bio ou avec moins de sel, moins caloriques, ce qui profite par ailleurs à toute leur clientèle.  Ces initiatives leur ont permis d’afficher en vitrine le label « senior friendly » attirant ainsi une plus grande clientèle senior.

L’exemple de Duane Reade- Walgreens
Mais le meilleur exemple d’adaptation est encore celui de la chaine Duane Reade, chaîne de pharmacies et supermarchés. Non contents d’avoir aménagé leurs magasins à cette population, d’y vendre des produits dont les personnes âgées ont spécifiquement besoin, Duane Reade organise des réunions d’information santé et nutrition à destination de cette population qui rencontrent un franc succès.
L’exemple de Duane Reade-Walgreens est significatif des contributions que les magasins, pharmaciens, para-pharmaciens peuvent apporter au Care. Nous y reviendrons plus en détails.

Cristelle Ghekiere

New York face au vieillissement de sa population