On en parle de plus en plus, les jeux vidéos peuvent être bénéfiques pour les vieilles personnes. Le plaisir et le jeu améliorent leurs capacités cognitives. Récemment, des chercheurs parisiens ont développé un jeu vidéo adapté aux personnes atteintes d’Alzheimer : MINDs. Reportage.

3 ans d’amélioration cognitive pour 10 heures de jeu
Qui dit vieillissement cérébral dit baisse des fonctions cognitives, responsables de la concentration et de la mémoire. L’année dernière, le professeur Frédéric Wolinsky, de l’Université de l’Iowa, a démontré que certains jeux vidéos qui font appel à la mémoire peuvent régénérer les fonctions cognitives chez la personne âgée. Ainsi, pour une personne âgée de plus de 50 ans, 10 heures de jeu équivaudraient à 3 ans d’amélioration cognitive. Dans ce contexte, comment expliquer aux enfants qu’ils doivent attendre le bel âge de 50 ans pour jouer des après-midis entiers à la console ?
Les jeux vidéos apportent également un bienfait dans des cas plus pathologiques tels qu’Alzheimer. Depuis 2009, des chercheurs de l’Ecole des Mines et de l’hôpital de Saint-Maurice* ont expérimenté et lancé un logiciel de jeu musical sur Wii, MINDs, pour les personnes atteintes d’Alzheimer. Il est aujourd’hui utilisé couramment dans cinq Ehpad de la région parisienne. Le jeu s’appuie sur la mémoire musicale de la personne, forme de mémoire la plus vivace lorsque d’autres pans sont partis depuis longtemps.

Famille et aidants retrouvent la personne perdue
Patients et soignants jouent par groupe de 4 en arc de cercle autour d’un grand écran. Des airs connus comme « A la claire fontaine » ou « Dans le port d’Amsterdam » ravivent des souvenirs enfouis. Si le plaisir et le jeu sont au service de la stimulation cognitive, ils procurent bien d’autres bénéfices. Ils engagent la personne dans une activité et lui redonnent confiance et joie de vivre. Les expériences montrent en effet que dans ce domaine, la personne atteinte d’Alzheimer, quel que soit le stade d’évolution de la maladie, arrive à progresser d’une semaine sur l’autre. Pendant ces moments de jeu collectif, la famille et les aidants retrouvent la personne qu’ils pensaient avoir perdue : sa joie de vivre ou, simplement, sa présence parmi le groupe. Le jeu permet également aux aidants familiaux ou professionnels un peu de répit.
Et surtout le jeu permet de créer une autre relation et de trouver une activité qui vient rompre parfois le rythme monotone d’une journée. L’intérêt du jeu réside dans le fait qu’il ne comporte pas de possibilité d’échec, quel que soit le niveau de la personne. Pas de blessure narcissique donc, contrairement au quotidien, où la personne atteinte d’Alzheimer peut lutter pour réaliser des actions a priori simples comme se laver ou ranger des clés. La personne retrouve ainsi une estime de soi et un contact social autour d’un jeu adapté à toutes les générations. D’après l’un des concepteurs du jeu, Samuel Benveniste, plusieurs familles ont déjà acheté le matériel nécessaire pour y jouer avec leur(s) parent(s) à la maison. Le logiciel est lui gratuit et disponible en libre accès sur Internet. A France Alzheimer, on salue cette innovation : « Les aidants se sentent souvent impuissants face à la maladie. Le logiciel MINDs apporte une solution pour redonner aux aidants une prise sur la maladie. »

Pour plus d’informations :
Le logiciel MINDs en libre accès sur Internet (www.minwii.org)
Samuel Benveniste
Responsable des technologies à l’Hôpital Broca

*Samuel Benveniste, Pierre Jouvelot et Renaud Péquignot

Marie PRAGOUT

Lorsque la mémoire passe par le jeu