Les Français à 65% redoutent l’émergence des intelligences artificielles tout en étant à 69% convaincus qu’elles vont se développer pour contribuer à la santé et au bien-être des individus (IFOP 2015). Qui de Terminator ou de Wall e remportera la partie ?

Depuis le début du XXIe siècle, avec notamment le succès de l’iPhone en 2007, les humains s’évertuent à rendre intelligents les objets qui les entourent : smartphone, smartwatch, brosse à dents intelligente. Au-delà des objets, cette tendance touche même la ville ! C’est une intelligence sensorielle (capteurs), mémorielle (stockage), analytique (comparer des données, opérer des calculs), mais elle n’est capable d’aucune initiative et d’aucun discernement. D’ici 2050, le monde sera truffé de dizaines de milliards de ces objets. Mais ne risquent-ils pas finalement de davantage nous importuner avec leur niveau zéro d’intelligence « faites demi-tour, faites demi-tour ! » que de nous concurrencer réellement ?

 

AlphaGo, l’aristocratie de l’I.A.
En revanche, AlphaGo, le programme de Deep Mind, une filiale de Google, pourrait nous donner du fil à retordre. Cette intelligence artificielle, capable d’apprendre par elle-même, a été créée en 2014 pour jouer spécifiquement au jeu de Go, un jeu d’origine chinoise qui compterait plus de combinaisons que d’atomes dans l’univers… En 2016, deux ans seulement après sa création, AlphaGo a remporté une victoire écrasante contre Lee Sedol, le meilleur joueur mondial de Go. « L’I.A. joue comme un humain en faisant moins d’erreurs… Elle gagnera donc à chaque fois. Elle fait aussi des coups qu’aucun maître n’a joué en 4 000 ans d’histoire du Go », rapporte Fan Hui, le premier joueur professionnel à avoir perdu contre AlphaGo. « AlphaGo m’a libéré de l’emprise du passé. Ce n’est pas gagner contre l’I.A qui importe, mais m’en servir pour mieux jouer contre les humains et revenir à une notion philosophique, inaccessible à une machine : la beauté du jeu », conclut-il. Ainsi, cette intelligence-là est sans conteste plus compétente que les meilleurs d’entre nous, mais l’esprit humain dans toutes ses dimensions lui échappe encore. La machine se moque, en effet, de gagner ou de perdre, encore plus de jouer dans les règles de l’art. Le plaisir de jouer et les émotions que le jeu provoque relèvent encore du domaine des humains.

 

Les Em, un duplicata du cerveau humain
Dans son livre futuriste « The Age of Em », Robin Hanson met en scène des Em, des machines dotées de cerveaux humains, enfin de leur copie obtenue par scan. Plusieurs personnalités, du physicien Stephen Hawkins à Bill Gates, s’inquiètent réellement de voir les intelligences artificielles dépasser les capacités humaines, convaincues qu’à ce moment-là, une forme de conscience émergera de tous ces neurones numériques. Ce moment, le technoprohète Ray Kurzweil, l’appelle le point de Singularité. A partir de là, les machines auraient conscience de leur présence au monde et pourraient décider de nous combattre. Pourtant, il semble plus probable que le danger vienne d’humains qui hackeraient, à leur profit, des I.A. mises en réseau.

 

Des I.A. à la rescousse du vieillissement des populations
En dehors de ces considérations mystiques et hypothétiques, les I.A. pourraient, concrètement, nous rendre un fier service, celui de s’occuper de nos corps et cerveaux vieillissants qui vont croissants dans nos sociétés à faible taux de natalité. Les I.A. rempliront au moins deux rôles clés : celui du compagnon pour la vie et celui d’aide à la personne.
Les progrès des I.A. en langage naturel risqueraient de reléguer chats et chiens au fond du jardin tant les possibilités de communication et d’échange des futurs Siri ou Cortana seront extraordinaires. On pense ici à la relation de complicité et même d’amour que Theodore noue avec Samantha, son Operating System.

Bande d’annonce de Her, un film de Spike Jonze

Les scientifiques cherchent à doter les intelligences artificielles d’une personnalité, d’une identité, à l’image de ce petit robot (mauvais) joueur, afin de les rendre plus humains, plus touchants et que ce soit plaisant d’échanger avec eux.

 

Le robot Cozmo de la start-up Anki

Ces I.A. pourraient nous aider à rester à domicile même en cas d’invalidité, les robots assistants de vie sont même une des priorités européennes en matière d’innovation robotique. Les Japonais innovent beaucoup dans ce domaine, à l’image de Robear, un robot capable de porter une personne et de l’aider à marcher.

Robear de la société japonaise Riken

Les I.A. trouveront aussi de nombreuses applications dans le domaine de la santé en accompagnant les personnes âgées au quotidien dans la prise de leur traitement, dans la prévention des chutes, etc. Il serait vraiment dommage de s’en passer… A la manière d’AlphaGo, les I.A. ne sont sans doute pas des adversaires, mais plutôt des outils d’émancipation.
Enfin, ne soyons pas naïfs, les vrais dangers résident ailleurs : hacking, intérêts économiques, surveillance, paresse intellectuelle, etc. Les I.A. posent le problème du pouvoir qu’elles donneront à ceux qui les possèderont. Espérons qu’à l’image du nucléaire, les humains feront preuve de self control et que personne n’appuiera sur le bouton !

Extrait du « Docteur Folamour » de Stanley Kubrick

 

Usbek & Rica

Des machines plus intelligentes que nous ?