Avec le développement de nouvelles technologies, la notion même de distances physiques pourrait bientôt n’être qu’un lointain souvenir. Robots « avatars », réalité augmentée ou réseaux virtuels : la révolution de l’ubiquité est en marche. Si elle ne concerne à ce jour pas encore les seniors, elle pourrait leur ouvrir de nombreuses portes dans les années à venir.

L’année dernière, il a envoyé son « avatar » à sa place en cours. Simon, 21 ans et étudiant à l’école centrale de Lyon, s’est lourdement blessé lors d’un accident de montagne. Astreint à de longs mois d’hospitalisation, il a donc usé d’un moyen peu conventionnel pour poursuivre son année scolaire : un robot de téléprésence. « Beam », comme ses créateurs l’ont surnommé, est un droïde à l’apparence assez simpliste : un écran monté sur deux roues qui mesure environ 1m50. Il permet à son propriétaire de se déplacer comme bon lui semble dans des locaux, tout en étant lui-même absent. Sur l’écran s’affiche le visage de l’utilisateur, qui peut ainsi interagir avec les personnes présentes dans son champ de vision.


Se libérer de son corps

Conçus à l’origine pour un usage professionnel, comme la tenue de conférence ou le télétravail, ces robots ouvrent de nouvelles perspectives dans de nombreux domaines, parmi lesquels l’éducation, le tourisme et la santé.
Marion Beaufront, coordinatrice des animations à l’Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique (IHOP) de Lyon, est convaincue du potentiel de ces appareils : « Certains de nos patients ne peuvent pas sortir de leur chambre, parce qu’ils sont trop fatigués, en traitement intensif ou dans l’attente d’une greffe. Pour eux, l’isolement est grand. Depuis deux ans, nous utilisons ces robots pour les transporter en dehors de nos murs. Certains ont ainsi pu visiter des musées ou participer à des événements exceptionnels, sans quitter leur chambre. L’effet sur leur moral est très positif. Ils ont l’impression d’être comme les autres, de pouvoir vivre une vie normale. »
Pour des personnes à mobilité réduite ou isolées géographiquement, ces robots « avatars » se présentent donc comme une véritable alternative à l’enfermement. On voit bien ce que cette révolution pourrait changer dans la vie des seniors, à l’avenir. Une sorte d’hyper-mobilité dans l’immobilité qui fera passer l’incapacité corporelle pour une vulgaire épine dans le pied. Mais bien au-delà de la téléprésence, le saut vers l’ubiquité ne fait que commencer. Et la prochaine étape se situe sans aucun doute du côté de la réalité virtuelle.


Le boom de l’immersion

Difficile ces derniers temps de passer à côté des fameux casques de réalité virtuelle : Occulus, Samsung, Microsoft ou Sony. Ces appareils plongent l’utilisateur dans un monde virtuel qu’il balaie du regard, et dans lequel il peut se déplacer et interagir, un peu comme dans un jeu vidéo. Ultra-immersive, cette expérience permet d’explorer depuis son domicile des mondes imaginaires, des villes éloignées ou des monuments historiques parfois inaccessibles aux simples badauds. Les casques, quelque peu encombrants, pourraient même être amenés très prochainement à disparaître avec le développement de technologies qui permettraient de projeter des images virtuelles directement sur l’air.
Si, pour le moment, il s’agit uniquement de jouer sur le sens visuel, les progrès techniques fulgurants en la matière promettent aux utilisateurs de pouvoir bientôt toucher le virtuel, leur donnant ainsi accès à des expériences plus vraies que nature.
Des chercheurs de l’Université de Bristol sont par exemple parvenus à recréer la sensation du contact en utilisant des ultrasons.


La téléportation virtuelle

Les applications concrètes de telles technologies sont bien sûr illimitées : vivre des expériences de voyages sans même avoir à se déplacer, visiter des musées en ayant la sensation de vraiment toucher les œuvres, continuer à faire du sport quand son physique ne suit plus, piloter des engins dits « dangereux » mais aussi rencontrer de nouvelles personnes, assister à des réunions de famille ou passer du temps avec des proches que les distances empêchent parfois de voir.
À ce titre, Facebook a récemment racheté la société Occulus VR. L’objectif affiché par Mike Schroepfer, le directeur technique du réseau social : « Développer un outil qui vous permette d’être partout où vous voulez, avec qui vous voulez, sans tenir compte des frontières géographiques. » Une sorte de téléportation virtuelle donc, et qui pourrait être accessible dès 2025.

 

Usbek & Rica

L’ubiquité, (bientôt) un don comme les autres