De la colocation aux quartiers intergénérationnels, les initiatives se multiplient pour permettre aux jeunes et aux seniors de cohabiter. Tour d’horizon de ces dispositifs qui veulent rapprocher les générations.

« Muni d’une simple carte d’étudiant, j’arrive sur Paris sans logement ni argent. On me parle de la création récente d’associations permettant à des étudiants de loger chez une personne âgée. Le principe est simple : un peu de son temps contre une chambre chez l’habitant ».  La citation est extraite du livre J’habite au 3ème âge (Bourin – 2015).  L’auteur, Stéphane Audain, y raconte ses deux années passées chez Germaine. L’étudiant a alors 28 ans, la vieille dame 95, et les deux improbables colocataires nourriront une relation complice et teintée de situations aussi cocasses que touchantes.

Des colocations d’un nouveau genre
Des jeunes qui « squattent » les chambres inoccupées des seniors moyennant quelques petits services du type courses ou ménage, c’est tout bête, mais il fallait y penser.  À l’origine de cette idée, un double constat : d’un côté, près de 1,5 million de personnes de 80 ans et plus qui vivent seules. De l’autre, des dizaines de milliers d’étudiants qui peinent à se loger à chaque rentrée. Plus qu’un bon plan, la colocation intergénérationnelle est en train de s’imposer comme une réponse citoyenne à un véritable problème de société.
« Ça donne de la vie à la vieillesse et du sens à la jeunesse », souligne Isabelle Etienne, de l’association Ensemble2Générations. Et pour cause, de nombreux séniors qui participent à ces opérations accordent finalement assez peu d’importance à l’aspect pratique ou financier : « Parfois on déprime, alors le fait de loger des jeunes me maintient en “altitude” », explique à l’Obs Nicole, une accueillante de 83 ans. « Ils me racontent ce qu’ils font, ce qu’ils vivent et il y a du remue-ménage dans la maison ! ».
Une compagnie pour des retraités parfois très isolés, mais aussi un moyen pour eux de se sentir utiles et de conserver une vraie place dans la société.

Des initiatives d’utilité sociale
Entre civisme et solidarité, la colocation étudiants-seniors bénéficie d’un très large soutien des politiques. Le Réseau CoSI, qui réunit la plupart des associations du secteur, bénéficie du label « La France s’engage » et fait partie des quinze innovations sociales et solidaires promues par François Hollande. Il faut dire que pour la seule année 2013, les associations ont permis aux collectivités d’économiser 700 000 euros grâce à leurs actions.
Calqués sur le même principe, plusieurs foyers intergénérationnels ont vu le jour ces dernières années, à l’image de la résidence Paul et Noémi Froment à Vitry-sur-Seine. Dédiée à l’origine aux personnes âgées, elle accueille depuis septembre 2014 des jeunes. Le contrat : les étudiants consacrent du temps le soir, les week-ends et les jours fériés à leurs aînés et sont logés en contrepartie à très bas coût dans des studios meublés.

Les grands-parents comme amortisseurs sociaux
Mais l’habitat multi-générationnel ne répond pas toujours aux besoins des seniors. Avec les crises économiques successives, de nombreuses familles font appel aux grands-parents pour loger leurs petits-enfants étudiants – du moins quand ceux-ci partent étudier dans la même région qu’eux. « Pas de frais, de bons repas, du linge propre… la bonne auberge quoi ! » argumente Amédée, une grand-mère heureuse et fière d’héberger ses deux jumelles de 20 ans. Dans des cas plus extrêmes, c’est carrément la génération des parents qui doit retourner vivre chez ses aïeux : « De plus en plus de quadras et quinquas poussés dehors par les entreprises, mais encore loin de la retraite, se retrouvent dans ce cas-là », confirme Serge Guérin, sociologue et auteur de « La solidarité ça existe… et en plus ça rapporte » (Michalon – 2013).

Des seniors à domicile
Et il n’y a pas que dans le cadre familial que les seniors sont appelés à la rescousse. Depuis quelques années se développe le système des « mamies et papis au pair ». Le concept : des retraités emménagent chez des familles – en général à l’étranger – pour s’occuper des enfants. « Ces mamies ont une grande expérience de la vie et  savent, parce qu’elles ont élevé leurs propres enfants et pour certaines, petits-enfants, comment prendre soin d’eux », argue sur sa page d’accueil le site « Maison sitting ». Pour les grands-parents au pair, c’est une opportunité de voyager, de faire des rencontres et de continuer à exercer une forme d’activité professionnelle. C’est surtout l’occasion pour trois générations de partager un quotidien en vivant sous le même toit.

Des quartiers intergénérationnels
Au-delà des initiatives associatives et privées, c’est toute la ville qui pourrait bientôt se mettre à la mixité des âges avec l’émergence des quartiers intergénérationnels.
L’un des pionniers en la matière – le village « Générations » – a vu le jour il y a un peu plus de dix ans prêt de Dijon. Le site de 1,2 hectares compte 76 logements occupés à parité par des personnes âgées et des couples avec jeunes enfants. On y trouve également une unité de vie pour personnes dépendantes, une halte-garderie, un relais d’assistantes maternelles, une salle des fêtes, un restaurant scolaire, ainsi qu’un accueil de jour pour des malades d’Alzheimer.
Dans un style plus imposant, un nouvel éco-quartier verra le jour en 2017 à Font-Pré, près de Toulon. Au programme, 757 logements et une multitude d’initiatives pour favoriser l’intergénérationnel : des prix attractifs et une situation centrale pour attirer les jeunes actifs, des crèches et des aires de jeux pour les familles et des logements évolutifs adaptés à la dépendance des seniors.
Autant de structures mises en places afin que chaque génération puisse trouver sa place. Il reviendra ensuite aux habitants d’instaurer un véritable « vivre ensemble ».

Usbek & Rica

L’habitat à l’ère du multi-générationnel