Le quartier est un lieu essentiel pour maintenir les vieux au cœur de la cité et pour la lutte contre l’isolement. Pierre-Marie CHAPON, responsable du programme à l’OMS (Organisation mondiale de la santé) nous explique  le concept de « La ville amie des aînés ».

Génération Care : Comment est née la démarche « Ville amie des aînés » ?

P.M. Chapon : Le programme né au milieu des années 2000 entre des villes du monde entier à Rio à l’occasion d’un congrès de gériatrie-gérontologie.  De manière informelle, des villes toutes confrontées à la question du vieillissement se sont dit ensemble : « regardons quelles caractéristiques le vieillissement de la population implique et voyons comment nous pourrions favoriser le vieillissement actif de la population ».

G.C : Quel est l’esprit de cette démarche ?

P.M. Chapon : Il faut casser l’image du vieillissement comme antichambre de la mort et  lutter contre l’âgisme, vision négative qu’on retrouve beaucoup dans les médias, où les aînés seraient uniquement des personnes dépendantes qui entraînent des coûts pour la société. Ce n’est pas parce que vous êtes à la retraite que vous n’êtes plus actif. Bien au contraire c’est l’activité dans le bénévolat  pour les familles, la vie en général. Ce sont des personnes qui consomment, et ont  envie d’être utiles à la société.

GC : Comment s’est construite la démarche ?

P.M. Chapon : 33 villes d’une dizaine de pays ont mis en place le « protocole de Vancouver », dans le but de faire des villes amies des aînés mais aussi des villes amies de tous. La grande nouveauté c’est qu’au lieu d’avoir une approche très sectorielle elles ont adopté une approche englobant des questions de l’aménagement  des espaces, des transports, de l’urbanisme, de l’habitat, la participation sociale, l’accès à la culture. Autant d’éléments qui entrent dans la vie quotidienne, mais qu’on a tendance à écarter parce que les pôles de décision sont trop cloisonnés. On met alors en place des préconisations, qui donnent lieu à un plan d’action municipal. Le politique dit ce qu’il peut faire ou ne pas faire. Ensuite il met en place son plan puis quelques années après, en fait l’évaluation.

GC : Comment se décline la démarche en France ?

P.M. Chapon : Aujourd’hui 23 villes ont rejoint le réseau (dont certaines faisaient partie du précédent label « bien vieillir »). D’abord elles s’engagent à faire l’audit urbain, qui implique de la démocratie participative, puis mettent en place un comité de pilotage puis s’engagent dans un plan d’actions. Ce qui est important c’est que l’ensemble des élus soient impliqués.

G.C : Concrètement, comment est-ce que cela se traduit ?

P.M. Chapon : La mise en place du plan d’actions peut se traduire par des choses très simples.  Inciter les commerçants à mettre des sièges pour que les aînés puissent s’asseoir, mettre des bancs ou « assis-debout » pour pouvoir se reposer. Il peut y avoir une réflexion en termes de gestion des transports : former les conducteurs pour qu’en heures creuses au moins, ils ne démarrent pas en trombe. C’est par exemple ce qu’essaie de mettre en place la ville de Lyon. Ce n’est pas simple parce que cela génère un léger surcoût et des cheminements plus longs. Les villes peuvent aussi aller beaucoup plus loin en intégrant la thématique du vieillissement dans des documents d’urbanisme, comme Rennes qui a défini des territoires favorables au vieillissement et envisage l’habitat sous cet angle (voir article). Ou en favorisant l’accès à la culture pour les aînés comme à Metz.

GC : Vous dîtes que la démarche « ville amie des aînés c’est en fait aller vers une « ville amie de tous ». Pourquoi cela ?

P.M. Chapon : Quand on aménage des bancs, tout le monde en profite. Si les transports sont plus agréables, tout le monde en profite, si on crée une offre de taxis pertinente, tout le monde en profite. Il s’agit donc d’apporter  des éléments positifs à l’ensemble de la population. Cela permet aussi d’avancer vers une ville plus douce, qui casse les ruptures. Plus douce dans l’aménagement et l’urbanisme, mais aussi dans les relations, parce qu’intégrer le vieillissement à l’ensemble des élus, de la population, c’est aussi mieux intégrer nos aînés et favoriser le vieillissement actif.

Blog de Pierre-Marie Chapon

Les vieux au cœur de la cité