La hausse du nombre de personnes âgées devrait créer 350 000 emplois dans les services à la personne, dans ce qu’on appelle les métiers du Care. Pour recruter de nouveaux salariés, le secteur va devoir repenser son offre de formations mais aussi contribuer à apporter un autre regard sur la vieillesse.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les prévisions de l’Insee, en 2030, la France comptera 20 millions de personnes âgées de plus de 60 ans. Quant au nombre de personnes dépendantes, il devrait augmenter de 35% pour s’établir à 1,55 million, contre 1,10 million en 2010. Le vieillissement de la population entraîne des enjeux économiques et sociaux dans de nombreux domaines, à commencer par celui des services à la personne. « L’aide aux personnes âgées est le secteur qui va créer le plus d’emplois en France, autour de 350 000 d’ici 2020 » précise Luc Broussy dans son rapport sur l’adaptation de la société au vieillissement de la population. D’abord parce que de nombreux départs en fin de carrière sont prévus chez les aides à domicile mais aussi parce que les besoins sont extrêmement importants dans ce domaine.

Vivre à domicile grâce à une assistance
En effet, 90% des plus de 55 ans déclarent vouloir vivre le plus longtemps possible chez eux, même s’ils doivent pour cela avoir besoin d’assistance. En outre, le projet de loi sur l’adaptation de la société au vieillissement, qui doit entrer en vigueur courant 2015, veut favoriser le maintien à domicile des personnes âgées en adaptant notamment leur logement. Les aides et auxiliaire de vie vont donc être indispensables pour les aider dans leur quotidien – courses, soins – et leur permettre de lutter contre l’isolement. Leur priorité ? S’adapter aux nouvelles technologies, en état capable d’envoyer et de recueillir des informations sur leurs patients ou encore en se formant à la domotique. Aujourd’hui, les auxiliaires peuvent travailler avec des bracelets détecteurs de malaise ou des tablettes qui permettent de prendre des mesures de la tension ou du taux de glycémie du patient. Demain, ils devront gérer des robots humanoïdes destinés à accompagner les personnes âgées. Le projet de loi envisage d’ailleurs de verser une aide publique pour permettre un accès à ces nouvelles technologies à ceux qui ont de faibles revenus.

Simplifier les formations
Autre enjeu : simplifier les formations dédiées aux services à la personne. Un rapport de la Cour des comptes publié l’été dernier le confirme : « l’offre de formation initiale et continue pêche par manque de lisibilité du fait de la multiplicité des qualifications ». Il existe actuellement une vingtaine de certifications différentes qui méritent d’être repensées et réorganisées. Par ailleurs, toujours selon la Cour des comptes, les passerelles entre les métiers pourraient aussi être renforcées. Les formations d’aide-soignante ou d’infirmier abordent encore trop peu la gérontologie et la gériatrie. En outre, « la France aura besoin de généralistes du vieillissement », précise Luc Broussy. Pour cela, elle doit développer des troisièmes cycles spécialisés dans ce domaine, comme cela peut être le cas  en économie ou en droit de la santé.

Vaincre le déficit d’image
Si les perspectives d’emplois sont importantes dans les services à la personne, « encore faut-il que l’appareil de formation soit amélioré et que ces métiers fassent l’objet d’une meilleure attractivité », ajoute le rapport de Luc Broussy. Pour l’heure, les métiers du Care souffrent toujours d’un réel déficit d’image. La première raison tient au fait que ces activités sont difficiles (horaires tronqués, faibles rémunérations, manque de formation). Mais le regard que l’on porte sur le vieillissement est encore une autre explication. Comme le souligne le rapport, « il est urgent de faire la promotion des métiers du Grand Age en accompagnant les jeunes vers les centaines de milliers d’emplois générés par le vieillissement ». Pour cela, il incite, par exemple, le système scolaire à encourager les collégiens à découvrir ce secteur d’activité lors de la semaine de stage en 3ème. Le projet de loi sur l’adaptation de la société au vieillissement propose aussi de créer une journée nationale de la solidarité intergénérationnelle pour favoriser les échanges entre les résidents en maisons de retraite et les écoliers. C’est aussi l’ambition du site Génération Care qui veut contribuer à ne plus seulement voir la vieillesse sous le prisme de la dégénérescence ou la fin de vie.

Juliette Péronne

> Pour en savoir plus : Le Rapport de Luc Broussy sur l’adaptation de la société au vieillissement de la population

Le vieillissement, une opportunité pour les métiers du Care