Le vieillissement est le phénomène démographique majeur du 21e siècle, à l’échelle de la planète. Double processus  d’allongement de l’espérance de vie et de l’augmentation du nombre de personnes âgées de plus de 65 ans, qui deviendront le premier groupe d’âge de nos sociétés à l’horizon 2050. Double phénomène et double enjeu, celui de réformer nos systèmes économiques et d’adapter la société à cette nouvelle donne.
Décryptage en chiffres.

En 1900, il y avait en France 100 centenaires. Il y en a aujourd’hui 20.000, et on estime qu’une petite fille sur deux qui naît en 2014 deviendra centenaire. En 2060, l’espérance de vie selon l’Insee, atteindra 91 ans pour les femmes, 86 pour les hommes (contre 85 et 79 ans aujourd’hui). L’espérance de vie en bonne santé est également en constante progression pour atteindre 79 ans. . Elle est essentiellement due à l’amélioration globale de la qualité de vie et de la santé.

Cette longévité s’accompagne logiquement d’un autre phénomène : l’augmentation de la part des
« seniors » dans la population. Si aujourd’hui en France les plus de 60 ans représentent environ 24% de la population, en 2035, ils seront  un tiers de la population soit presqu’autant que les 25-59 ans.

Autre conséquence de ce vieillissement : l’augmentation du nombre de personnes dépendantes qui n’est cependant pas proportionnelle à celle du nombre de personnes âgées, rendant ainsi difficile toute projection ou prévision. Aujourd’hui, 1,2 million de personnes bénéficient de l’APA, l’allocation personnalisée à l’autonomie. En 2060, selon les différents scénarios statistiques, on estime que ce chiffre pourrait atteindre entre 1,8 million et 2,6 millions.

Aujourd’hui l’âge moyen de début de perte d’autonomie se situe aux alentours de 80 ans. Il n’y a proportionnellement pas plus de personnes âgées en institutions (maison de retraites ou maisons médicalisées) que dans les années 1970 (environ 5,5% des plus de 60 ans). Seulement, l’âge moyen d’entrée en maison de retraite a augmenté de 20 ans: aujourd’hui, on y entre en moyenne à 85 ans contre 65 ans dans les années 70. À 85 ans, seuls 10% des personnes ne vivent pas chez elles. Au-delà de 90 ans en revanche, 1 personne sur 2 se retrouve en institution.

Adapter la société à cette nouvelle démographie
L’espérance de vie en bonne santé augmente  mais ne signifie pas que les besoins, modes de vie et de consommation sont identiques. Dans son rapport au Premier ministre sur l’adaptation de la société au vieillissement en 2013, Luc Broussy avait identifié 3 stades du vieillissement :

–    de la retraite à 70/75 ans, lorsque le seul changement est la fin d’activité officielle ;
–    l’âge où il y a des premières adaptations à faire : en particulier dans son logement, pour pouvoir y vivre en toute sécurité ;
–    enfin, l’âge de la perte d’autonomie qui nécessite d’envisager des aménagements plus lourds, voire une entrée en établissement ou en habitat intermédiaire.

L’enjeu pour la société concerne essentiellement les deux dernières étapes.
Le rythme de vie ralentit, les accidents ou les chutes, les maladies apparaissent.  C’est le moment d’adapter son  logement, son environnement et sa vie sociale pour qu’elle se poursuive. C’est l’âge pour lequel aussi la société doit favoriser les déplacements, en adaptant les transports, en équipant les trottoirs de bancs, en favorisant une offre de services de proximité.
Vient ensuite la question de la perte d’autonomie qui pose réellement le sujet du maintien à domicile. Rester chez soi, c’est le souhait de 90% des Français, mais ce n’est pas toujours possible. Il vaut parfois mieux faire le choix d’une entrée en institution, si le logement n’est pas adaptable, ou si le recours aux aides à domicile est difficile. Ou encore si les aidants proches ne peuvent plus suivre.
En effet, l’aide des proches est un apport essentiel : aujourd’hui, plus de 4 millions de personnes sont aidantes d’une personne âgée.
Les personnes en perte d’autonomie peuvent également recevoir l’APA (aide personnalisée à l’autonomie), et recourir aux services d’aide et de soins à domicile.  C’est enfin à cette étape qu’elles vont avoir besoin de services qui les « relient » au monde extérieur, que ce soit la téléassistance ou les objets connectés.

A chacune des 3 étapes, la société doit donc s’adapter.

La Silver Economie
C’est tout l’enjeu de « Silver Economie », la filière des gérontechnologies rebaptisée en 2012 par Michèle Delaunay et Arnaud Montebourg, alors ministre déléguée aux personnes âgées et ministre du redressement productif, une filière dont on espère qu’elle apportera 0,25% de croissance par an dans les années qui viennent. De quoi s’agit-il ? De technologies au service de la santé, de la sécurité et du lien social pour les âgés. La Silver Economie, qui a fêté ses 1 an en septembre dernier, compte aujourd’hui 170 entreprises dont l’objet est de développer des solutions de produits et services innovants.

Ces chiffres montrent bien que les enjeux du vieillissement de la population sont multiples : pour que cette mutation démographique soit une chance, il faut que la société sache s’adapter, en proposant des services, de l’aide, des produits, mais aussi du lien social. Tous les éléments que peuvent et doivent porter une « génération care» par des actions, porteuses d’un autre regard sur le vieillissement.

Sandrine GOLDSCHMIDT

Le vieillissement de la population : nouvelle donne sociétale et économique