Le secteur de l’habitat s’adapte au vieillissement. Nombreuses, les initiatives en matière d’habitat demeurent locales ou limitées dans leur approche. Comment les faire appartenir à un écosystème du vieillissement ? Nous présentons des visions originales et globales d’un habitat qui permettra de bien vieillir demain. Aujourd’hui, « Béguinage et Cie », déclinaison prospective d’une très vieille idée.

Béguinage et Cie, fondée par Jean-François Trochon et Thibaut Henry il y a deux ans, propose un habitat regroupé pour seniors plutôt jeunes qui veulent vieillir dans un environnement favorable dans le Nord de la France. La particularité de l’entreprise est à la fois de proposer le renouvellement d’une vieille idée et d’associer les futurs résidents à la conception des projets. Le projet est encore en phase d’étude préalable et en attente de réponses des bailleurs sociaux, qui seront les financeurs.
Entretien avec l’un des fondateurs, Jean-François Trochon.

 

Génération Care : Pourquoi le nom « Béguinage et Cie » ?

Jean-François Trochon : Nous avons repris la philosophie du béguinage d’autrefois, surtout présent dans les Flandres : il s’agissait, au XIIe-XIIIe siècle, d’un habitat regroupé qui hébergeait des femmes veuves ou célibataires qui auraient été en danger. C’est cet esprit que l’on veut recréer. L’architecture doit répondre à ce besoin de sécurité, de convivialité et de rencontre. Nous reprenons l’idée d’habitat regroupé, avec une salle commune. Selon les dispositions du terrain, il peut y avoir des formats différents, mais pour l’instant nous privilégions l’habitat individuel. Des maisons mitoyennes qui viennent donner une taille humaine au projet.

 

G. C. : Quelle est la particularité de votre vision ?

J-F. T. : Le format participatif. Nous rendons les habitants, retraités âgés fragiles mais pas encore dépendants, acteurs de leur avenir et de leur projet d’habitat. Nous les rassemblons pour travailler sur un projet immobilier dans lequel ils se sentiront bien vivre et bien vieillir. Nous partons des besoins, des usages, pour mobiliser des individus et créer une synergie. Celle-ci permettra, outre l’invention de la partie immobilière, de penser aussi tout l’environnement et de faire naître de la solidarité entre les habitants.

 

G. C. : Quel type de logement proposerez-vous ?

J-F. T. : Il s’agit d’un habitat regroupé, dans le cadre du logement social, car il y a peu de réponses de logement pour les personnes à petit revenu. Entre 20 et 30 logements, et une salle de vie commune, où les habitants pourront participer à des activités, échanger. Ils seront responsables de ce lien, et  une personne embauchée travaillera à l’animation quotidienne. Dans la co-construction, nous associons également les services de santé, les services d’aide à domicile ou les services communaux. L’objectif ? Aider les habitants à se projeter et à identifier les bonnes personnes à même de répondre à leurs besoins.

 

G. C. : Comment le projet s’inscrit-il dans son environnement, et en quoi apporte-t-il du lien social ?

J-F. T. : Nous faisons une étude de faisabilité autour d’un terrain que propose le maire, nous vérifions que l’offre qui existe déjà sur un territoire est vraiment insuffisante. Ensuite, la force du groupe est essentielle et doit donner la dynamique du futur lieu de vie. Le groupe facilitera le quotidien en cas de survenue d’une dépendance  En cas d’hospitalisation par exemple, les voisins pourront facilement s’organiser pour arroser les fleurs. Les gens se connaissant, les relations de voisinage sont plus faciles et viennent solutionner les problèmes.

 

Propos recueillis par Sandrine Goldschmidt

Pour en savoir plus : Beguinage & Cie

Notre habitat change, le béguinage revient