Pierre-Marie Chapon, sociologue et spécialiste de l’adaptation au vieillissement, a été pendant plusieurs années référent de l’OMS pour les villes amies des aînés en France. Aujourd’hui, il a décidé de créer le CRITADA*, laboratoire de recherche et de prospective sur l’adaptation de la société au vieillissement. Il vient par ailleurs de publier « On se trompe sur les vieux »**. Un livre co-rédigé avec Bernadette Oudiné, dans lequel il donne des recommandations pour que la société et la ville de demain soient pour tous les âges, et donc amies des aînés.

Génération Care : Vous venez de publier « On se trompe sur les vieux », dans lequel vous dessinez des territoires du futur. Pourquoi ce titre ?

Pierre-Marie Chapon : J’ai écrit ce livre avec Bernadette Oudiné, une jeune senior, car il était intéressant de confronter des regards sur ces sujets et de faire participer les intéressés.
Avoir 60 ans aujourd’hui, ce n’est plus comme il y a 30 ans. Le senior est consommateur, acteur de nos cités. Les baby-boomers sont une génération paradoxale, à la fois individualiste et attachée à certaines valeurs, qui peut être dans une logique plus intéressante en termes de prévention. Ils s’occupent de leurs parents et voient les difficultés que le vieillissement peut entraîner. Ils ont une oreille potentiellement plus à l’écoute. En revanche, ils en ont assez d’être pris pour des idiots ! Des publicités avec des images de personnes qui ont 20 ans de moins que celles à qui elles sont censées vendre les produits, les font fuir. Aujourd’hui, ils veulent un discours non stigmatisant, mais de vérité.

 

G. C. : Quelle politique à l’égard du vieillissement recommandez-vous dans ce livre ?

P. M. C. : Ce livre est le fruit d’un travail de dix ans sur le sujet du vieillissement. Son objectif ? Souligner le fait qu’il existe encore beaucoup de difficultés à faire travailler les gens sur ce sujet avec une nécessaire approche transversale, et faire comprendre aux politiques et professionnels qu’ils sont tous concernés par la question. La loi d’adaptation du vieillissement, votée en début d’année, constitue une réelle avancée mais demeure insuffisante.
L’aménagement des campagnes illustre bien ces problématiques :
face aux grandes inégalités d’accès aux soins dans les zones rurales, il ne faut pas envisager de politique focalisée seniors, mais bien essayer de développer du tourisme ou de l’agriculture verte, par exemple, qui vont attirer de nouveaux publics, des jeunes, et permettre ainsi de redonner de la vie à des zones délaissées.

 

G. C. : Vous lancez aujourd’hui le CRITADA, ce laboratoire de recherche pour faire de la prospective sur le vieillissement. Pourquoi ?

P. M. C. : Avec 70 villes membres aujourd’hui, le réseau des villes amies des aînés est bien lancé et fait un très bon travail. En créant le CRITADA, j’ai souhaité me mettre dans une logique plus large et plus prospective de réflexion sur les bonnes méthodes pour un monde plus adapté au vieillissement. Pour faire tomber les barrières d’âge, il faut une stratégie prospective transverse et se poser les questions suivantes : « Que seront ma population, mon territoire dans 20 ans ? Comment redonner de la durabilité à l’espace ? »

 

G.C. : Comment voyez-vous le territoire et la ville de demain, amis de tous les âges ?

P. M. C. : Dans une optique prospective, je défends l’environnement géographique favorable et un retour à la centralité. A la campagne, nous identifierons le territoire le plus pertinent, le village le plus viable, pour y mettre les services publics du logement adapté, un pôle médical, plutôt que de saupoudrer sur plusieurs territoires.
En périurbain, il faudra redonner du sens au vieux village autour des lotissements. En ville, redévelopper des centres de quartier, développer l’offre de transports… Je pense que la ville de demain sera péri-urbaine. Aujourd’hui déjà, 40% des seniors habitent en territoire péri-urbain.

 

G.C. : Vous parlez également d’une révolution de la mobilité et de la consommation…

P. M. C. : Notre société vit une révolution avec les véhicules collectifs ou individuels sans conducteur. Le transport à la demande, qui coûte cher aujourd’hui, sera beaucoup plus accessible demain. Ce sera une révolution pour tout le monde, et favorable aux seniors.
Réfléchir à l’avenir, c’est aussi voir comment créer des services à la carte. Cela correspond d’ailleurs bien à la génération des baby-boomers, qui consomment un service une fois, mais ne veulent pas forcément d’abonnement. Je crois beaucoup aux offres à la carte.
De manière plus générale, la question ne doit pas être « Que faire pour les seniors, demain », car cela contribue à les enfermer dans une catégorie à part, alors qu’il y a presque autant de catégories de seniors que de seniors. Le vrai sujet prospectif, c’est : «  Comment accompagne-t-on les parcours de vie des Français ? ».

Propos recueillis par Sandrine Goldschmidt

* CRITADA : Centre de recherche et d’innovation territoires amis des aînés

**  On se trompe sur les vieux« On se trompe sur les vieux »
Pierre-Marie Chapon,
Bernadette Oudiné,
2016,
Editions L’Harmattan,
126 pages.

« La ville de demain sera péri-urbaine »