Nous vous avions déjà parlé du regard d’Olivier Ducray sur Françoise, infirmière libérale qui se rend au domicile des gens, pour la plupart des vieilles personnes, alors que le film n’était qu’en tournage. Le 4 mars, il sort sur nos écrans et confirme ses promesses : un regard vrai et tendre sur les dernières années de « La vie des gens ».

La vie des gens - un film de Olivier DucraySur sa trottinette, Françoise parcourt 10 heures par jour, 7 jours par semaine, les rues de Lyon.
Du 1er janvier au 31 décembre (le film est chronologique et dure toute l’année 2013), elle se rend au domicile des personnes qui ont besoin de soins, « pour leur permettre de garder un peu d’hygiène, mais aussi pour soigner leur moral », dit-elle. Car la plupart des patients de Françoise sont des personnes âgées qui souffrent et s’ennuient. Le passage de l’infirmière constitue pour ces personnes un moment lumineux -c’est une « étoile filante », dit l’une d’elle à propos de l’infirmière-  qui leur permet de se sentir à nouveau, pour quelques minutes, appartenir au monde.

Car si Françoise est souvent en retard, elle a une grande qualité :
« elle est bavarde ». Or de ses paroles, et de son écoute, ils ont tout autant besoin que des soins. Elle traite tout le monde pareil, parfois sans ménagement, toujours avec empathie, mais sans pitié ni condescendance. Souvent, elle  parvient à faire sourire ces vieux à qui elle rend visite. Et elle l’assure, ils et elles sont heureux de vivre encore à domicile, même s’ils se plaignent parfois et souffrent surtout d’une trop grande solitude.

«La solitude ça tue le monde »
La solitude et l’isolement sont flagrants dans le film. On ne voit quasiment jamais quelqu’un d’autre que l’infirmière auprès de ces  personnes très vieilles (sauf lorsqu’il y a conjoint encore vivant). La caméra, comme l’infirmière, leur rend ces visites devenues rares.  Autant de personnages qui « ne font plus partie de la société », explique l’un d’eux. On voit un très vieux couple inséparable mais qui s’inquiète pourtant de « baisser », une femme dont les bouffées délirantes sont autant d’échappatoires à la solitude, une vieille dame obèse qui « secoue » l’infirmière autant qu’elle est secouée, ou encore des vieilles dames très dignes sur le visage desquelles Françoise réussit à dessiner un sourire.
Des personnages plus attachants les uns que les autres.

Complicité entre infirmière et patient
Souvent la solitude est imposée par la peur, la peur de regarder la vérité en face : la vieillesse et son lot de maladie suivie de la mort, inexorablement. Françoise elle, ne fait jamais comme si la mort n’existait pas. Elle ne ment jamais à ses patients : « je ne dis jamais ça va aller mieux. Je les insulterais si je faisais ça. L’infirmière sait la situation, et la personne soignée aussi. La complicité entre nous vient du fait qu’on est deux à savoir », explique-t-elle. Et même cette proximité de la mort, vers laquelle Françoise les accompagne avec lucidité et humanité, nous fait alors  un peu moins peur

« La vie des gens » est un documentaire essentiel et juste, tendre et lucide, pour qui veut une société plus « care ». A travers le personnage de Françoise, mais aussi à travers ceux et celles qu’on oublie de regarder, où qu’on ne voit plus parce qu’ils sont cantonnés à domicile. La caméra du réalisateur est comme l’infirmière, elle ne cherche jamais à dissimuler la réalité, mais en nous la montrant, elle nous la rend totalement humaine.

Sandrine GOLDSCHMIDT

La vie des gens, un film d’Olivier Ducray.
Date de sortie : 4 mars 2015
Durée : 1h25

 

« La vie des gens » heureux de vieillir à domicile avec Françoise