Daniel Kraft, directeur de la chaire de médecine et de neuroscience à la Singularity University a répondu à nos questions sur le vieillissement et l’amélioration de la qualité de vie.


Génération Care : Quelles sont les missions de la Singularity University ?

Daniel Kraft : Singularity University s’attelle à éduquer, inspirer et permettre aux leaders d’aujourd’hui et de demain, de comprendre les technologies exponentielles que sont l’intelligence artificielle, la robotique, la génomique et l’impression 3D, leur convergence et leur impact potentiel sur les défis majeurs de demain : l’éducation, l’environnement, l’énergie, la santé.

Nous ne concentrons pas seulement nos travaux sur la question du vieillissement. En tant que chercheur, je suis bien plus intéressé par la durée d’un état de santé optimal. En effet, qui veut vivre jusqu’à plus de cent ans s’il n’est plus capable de penser, de se déplacer ou de contribuer à la société ? Je suis aussi plus intéressé par la prévention continue et proactive plutôt que par un modèle de soins basé sur un traitement intermittent et réactif. Il s’agit en effet de prévenir et de détecter au plus tôt la maladie, et non pas seulement de la guérir.

Lors de la conférence que je préside sur la médecine exponentielle depuis 2014, nous avons spécifiquement exploré le potentiel des nouvelles technologies en termes d’amélioration de la santé, de bien-être, de longévité, de prévention médicale, de diagnostic ou encore de thérapie… Bref, tout ce qui est susceptible avoir un impact sur le vieillissement et la durée de vie.

 

G. C. : Quelles sont les principales innovations sur le vieillissement que vous voyez venir pour les 20 prochaines années ?

D. K. : Bien que contestée, une récente recherche indique qu’il y aurait une limite biologique à la durée de vie humaine normale, approximativement 115 ans.

Toutefois, beaucoup de technologies évoluent rapidement et pourraient, dans 20 ans, générer de nouvelles approches qui influeront sur la longévité et, plus important encore, sur la santé. Ainsi, le centenaire serait en passe devenir le nouveau septuagénaire.

Ces nouvelles approches impliquent la compréhension de notre génomique de base (génome, microbiome, etc.), du risque de maladie et de la modification génétique, avec de nouvelles technologies comme les CRISPR, ou « courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées ». Des technologies aptes à modifier les cellules saines ou les gènes pouvant avoir une incidence sur la maladie et les voies métaboliques du vieillissement.

La biologie des cellules souches et la médecine régénératrice sont capables de nous permettre de réparer et de régénérer les tissus et les organes endommagés par le vieillissement, les traumatismes ou les maladies. Alors que l’impression 3D des organes est en cours de développement, la combinaison des approches CRISPR pour l’insertion de gènes humains dans des porcs et l’« humanisation » d’organes animaux pour des xénogreffes pourraient devenir courantes.

La robotique personnelle et les exo-squelettes robotiques quant à eux, permettront aux personnes à mobilité réduite (suite par exemple à un AVC) d’être plus actives et indépendantes.

L’internet des objets (IoT) et l’e-santé permettront de personnaliser les suivis sanitaires.

Le plus important ? Etre proactif et ce le plus tôt possible, en continuant à favoriser les comportements qui augmentent la durée de vie. Cela passe par l’optimisation des régimes alimentaires, du sommeil et des exercices physiques, l’atténuation du stress, ou tout simplement 30 minutes de marche rapide par jour.

 

G. C. : L’un des grands défis de la Singularity University est de s’assurer que les besoins primaires de chacun soient satisfaits. Si la fin du vieillissement devient technologiquement possible, l’éternité deviendrait-elle un droit humain fondamental ?

D. K. : Je pense qu’avant de nous inquiéter du droit à une extension absolue de la vie, nous devons donner la priorité, entre autres, à un droit fondamental aux soins et à l’éducation.

Il y aura toujours des tensions entre la technologie et sa démocratisation, mais les téléphones portables par exemple, à l’origine uniquement détenus par les plus riches, sont devenus exponentiellement moins chers et plus puissants, si bien que même les plus pauvres de la planète ont un accès incroyable à l’information et au-delà ce qui peut améliorer la qualité et la durée de vie.

 


G. C. : Comment travaillez-vous à atténuer les risques futurs liés à la fin du vieillissement ?

D. K. : La société, les gouvernements et les spécialistes de l’éthique devront prendre conscience de l’impact de l’augmentation de l’espérance de vie sur des questions telles que l’âge de la retraite, l’assurance vie, l’assurance maladie, la sécurité sociale, le système éducatif et la gestion des ressources naturelles.

La première étape consiste à tenir compte du rythme des changements et des implications potentielles et d’être proactif sur la sensibilisation, les solutions potentielles, les politiques et les mentalités pour aider à identifier et à atténuer les risques.

 

G. C. : Avez-vous également des étudiants seniors à Singularity University qui contribuent à votre travail ?

D. K. : L’âge moyen des participants aux programmes de SU avoisine les 40 ans… Et je ne considère pas les plus de 45 ans comme seniors ! Singularity University permet aux individus et aux entreprises d’aider à développer leurs compétences pour leur permettre de résoudre leurs grands défis. Singularity University offre donc à tous d’influer sur sa propre vie et ses propres initiatives et entreprises par un état d’esprit intégrant toujours les potentiels exponentiels de chaque technologie.

 

Propos recueillis par par Marie-Eléonore Noiré et Arnaud Auger

L’Atelier BNP Paribas North America

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La Singularity University tire son nom du concept de “singularité technologique” selon lequel les développements de l’intelligence artificielle aboutiront à la résolution de problèmes critiques de l’Humanité. Ray Kurzweil, auteur de L’âge des machines spirituelles, a popularisé le concept de singularité et a créé la Singularity University en Californie pour travailler sur ces sujets via une approche multidisciplinaire mêlant les avancées des technologies émergentes dites NBIC (nanotechnologies, biotechnologies,intelligence artificielle et sciences cognitives).

 

La Singularity University réfléchit au futur du vieillissement