Que faut-il déduire du succès du « fait maison » et des remèdes naturels ou encore du retour du tricot ? Notre foi en la modernité nous aurait-elle abandonnés au point de souhaiter revenir à une société préindustrielle ?

Si nous n’en avons pas fini avec le prêt-à-manger, le prêt-à-porter et l’obsolescence programmée, nos modes de consommation évoluent indubitablement et tendent à réhabiliter certaines pratiques et savoirs de nos aînés.

 

La cuisine maison revient
69% des Français déclarent apprécier faire la cuisine –  ils sont même 75% chez les jeunes (BVA, 2016) –  et ils étaient, en 2010, 84% à pratiquer, au moins partiellement, le « fait maison » (TNS Sofres). Les Anglais passent plus de temps que les Français à cuisiner, soit 6 heures par semaine en moyenne (GfK, 2015). Outre-Atlantique, la tendance est inverse, les Américains mangent de plus en plus dehors (43% en 2012 contre 26% en 1970). Néanmoins, ils sont de plus en plus séduits par des repas « faits maison ». De nombreuses applications soulignent cette tendance : Yuma qui permet de commander un repas « fait maison » par des chefs locaux ou encore Vizeat qui se présente comme un Airbnb de la table.

Conséquence de ce retour en cuisine, le marché mondial des robots culinaires devrait atteindre 80 milliards de dollars en 2018, emmené principalement par l’Europe et la région Asie Pacifique. Parmi les grands succès de ce domaine, le robot Thermomix s’est vendu, en 2013, à 5 millions d’exemplaires dans le monde.

Autre signe d’emballement culinaire : les innombrables émissions de TV sur le sujet, la profusion de sites et blogs de recettes, l’offre grandissante d’ateliers pour apprendre à cuisiner, etc.
M. Marie aurait-il, alors, du souci à se faire ?

« Lasagne Marie, ce n’est pas parce que c’est déjà fait, qu’il ne faut rien faire », publicité Marie, 1992

Sans doute, car même la bière redevient artisanale. En 1910, 2 670 brasseries opéraient sur le territoire français. Au début des années 1980, il n’en restait que 22… En 1985, la Coreff en Bretagne et Les trois brasseurs à Lille amorcent alors le mouvement des micro-brasseries. En 2016, il y en aurait près de 800 selon Brasseurs de France. La mode de la bière artisanale touche aussi l’Espagne, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique, etc.

En outre, les kits amateurs pour faire sa bière à la maison ont fait fureur à Noël :

La déferlante de kits « do-it-yourself » pour faire de la bière, de la moutarde, du beurre… (LCI, 2017)

Ainsi, après une période faste pour le prêt-à-manger et les « Rapide asperge », nous semblons nous réconcilier avec les fourneaux et les marmites de nos aînés, l’apport de la technologie en plus !

Rapide Asperge (1997), publicité pour Le Sucre

 

Il n’y a que maille qui m’aille

Innocent-tricot
Duy Ngo, une passion du tricot jusque dans le train…

Plus étonnant que la cuisine ou l’alcool maison, le tricot fait son grand retour pour le plus grand plaisir de Phildar qui multiplie les tutoriels en ligne. L’amour de la maille touche aussi un public masculin, à l’instar de Duy Ngo, ingénieur études et développement chez Voyages-Sncf. Il fut ainsi l’un des participants de l’opération #TousAuTricot : celle-ci consiste à tricoter 500 000 bonnets pour couvrir les bouteilles de Smoothie Innocent et pour chaque bonnet, la marque reverse 20 centimes à l’association des Petits frères des pauvres. « Nous avons reçu des kits tricot au bureau, j’ai été initié par quelques collègues, puis j’ai regardé de nombreux tutoriels en ligne, explique Duy Ngo. C’est là que je suis vraiment tombé dedans ! Après les bonnets, j’ai fait un snood, puis des peluches qui m’ont ensuite amené au crochet. Aujourd’hui, je tricote des choses qui me plaisent et que je peux porter ».

 

Réparer plutôt que jeter
Autre activité que l’on pensait disparue : la réparation et la fabrication d’objets. Peu de chance de revoir les ateliers de nos grands-pères remplis de vieux débris récupérés au prétexte mille fois entendu qu’« il ne faut rien jeter » et que « ça peut toujours servir ». Il s’agirait plutôt d’une version collaborative qu’incarnent les fablabs et les makerspaces, qui nous viennent des Etats-Unis, ou encore les RepairCafé qui se déploient progressivement dans les villes et qui s’appuient sur la convivialité et le « faire ensemble ».

 

Le pouvoir des plantes et des mains
Autre apport de nos aînés remis au goût du jour : leur connaissance des plantes, qu’elles soient médicinales ou réputées pour leur pouvoir d’assainissement de l’air. Là encore, nous avions pour beaucoup perdu ces savoirs, par paresse ou par amour des nouveautés technologiques. La nocivité des produits chimiques et leur coût écologique nous poussent aujourd’hui à reconsidérer l’usage de produits plus naturels.
Ainsi, des sites de trucs et astuces de « grand-mère » foisonnent sur Internet pour faire briller sa baignoire ou pour chasser les odeurs de chaussures, sans recourir à des produits industriels. Mais attention ! Si les méthodes sont efficaces, elles ne sont pas toutes respectueuses de l’environnement ; il faut savoir éclairer notre choix en fonction des nouvelles études de toxicologie.

Côté santé, les sites de méditation, de conseils autour des huiles essentielles et, plus globalement, de médecine parallèle sont légion. Ceux qu’on appelait les « rebouteux », les « passeurs de feux », les « magnétiseurs », voient leur clientèle rajeunir.

« A ne pas croire » : immersion dans le quotidien d’un guérisseur aux nombreux dons / France Culture, 2016.

 

Retour au Moyen-Âge ou indigestion industrielle ?
L’attrait pour un retour au naturel et à certaines traditions antérieures à la société de consommation, voire à la société industrielle, s’explique peut-être par l’accélération des changements et les fortes incertitudes que nous traversons, le tout associé à une crise économique durable qui favorise le système D.

Cependant, si nombre de nos contemporains recherchent des recettes authentiques et des remèdes de grand-mère ou se mettent à tricoter des bonnets de laine, personne n’a réinstallé ses toilettes au fond du jardin, ni échanger sa machine à laver contre un lavoir…

Publicité pour Vedette avec la Mère Denis, 1980

L’héritage des générations précédentes est, en effet, adapté au monde actuel et non juste copié. Il s’agit en fait de renouer avec le « bon sens » des anciens, qui n’avait que ça – c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas tout le reste : application météo, congélateur, GPS, etc. – afin de retrouver un peu de maîtrise, de mesure et d’autonomie.

Enfin, cette « rétro tendance » vient opposer à nos modèles de développement un principe de réalité, celui du réchauffement climatique, de la pollution, de l’obésité, etc., nous rappelant sagement notre condition d’humain et de terrien.

Restons néanmoins vigilants ! L’expertise des anciens a déjà été maintes fois détournée afin de gonfler le portefeuille de certains industriels…

 

Usbek & Rica

La rétro tendance ou l’art de remettre au goût du jour les pratiques des anciens