La mobilité des seniors est un enjeu d’aménagement du territoire. Pour apporter les changements clés d’une amélioration du mieux vivre ensemble, il est nécessaire de connaître les différents profils des seniors (de l’hyper mobile au mobile contraint) et leurs vulnérabilités face à la mobilité.

La mobilité est au cœur de notre quotidien. Nous nous déplaçons pour aller travailler, faire des courses, rencontrer des amis, nous rendre au cinéma ou à la piscine. Nous pensons rarement aux vulnérabilités qui peuvent freiner cette mobilité. Or, avec l’avancée en âge, le nombre de déplacements quotidiens diminue et cette question devient sensible. Traiter de la mobilité des seniors, c’est prévenir le risque d’isolement et d’exclusion, c’est un enjeu d’aménagement du territoire et d’amélioration du mieux vivre ensemble avec tous les âges de la vie.

Qu’est-ce que la mobilité ?
Le terme de mobilité est souvent complété par un autre. On parle de mobilité résidentielle, professionnelle, sociale, de vacances, etc. La mobilité recouvre ainsi une réalité multiple. Nous nous intéressons ici à la mobilité quotidienne spatiale prenant en compte des déplacements physiques, de courte et de longue distance, à l’intérieur et à l’extérieur du domicile. Cette mobilité est donc intrinsèquement liée à la notion d’habiter. En habitant, on occupe une portion de l’espace social, une place dans un espace géographique, économique, culturel et symbolique. On s’inscrit dans un environnement, dans un cadre de vie. On circule dans une ville dans laquelle s’insère le logement. Ainsi, la mobilité des seniors est étroitement liée à leur environnement, celui-ci se constituant notamment des services et moyens de transport à disposition mais également des aménagements. En particulier, la mobilité des seniors est fragilisée lorsque le milieu ne permet pas de répondre aux besoins des personnes.

La richesse et la pluralité du terme de mobilité spatiale quotidienne montre l’importance de prendre en compte l’individu et de l’inclure dans un territoire. Cela va de pair avec la volonté de favoriser le maintien à domicile, rendu possible par l’aménagement de l’espace public de sorte que les personnes puissent continuer à se déplacer. Plus la personne sera mobile longtemps, plus elle sera dans une dynamique préventive et plus l’entrée dans la dépendance reculera.

De l’hyper mobilité à la mobilité contrainte
Les seniors ne constituent pas un groupe homogène  et il convient de garder à l’esprit la diversité des besoins et des profils en fonction des catégories socio-professionnelles, de l’âge, de la santé, du territoire, du genre, etc. Ces diverses caractéristiques influencent la mobilité. Pour comprendre les vulnérabilités ou les facilités liées à la mobilité, il convient de prendre en compte la richesse du senior et de ne pas se limiter à un seul critère qui paraîtrait désuet. Nous pouvons malgré tout segmenter le profil du senior mobile. Le processus de vieillissement nous amène à penser trois manières d’être mobile, de façon continue et progressive :

•    Hyper mobilité : délaissant la mobilité pendulaire domicile-travail, les retraités investissent de nouveaux espaces et de nouveaux temps, tels que les loisirs, le bénévolat, etc. Ils créent une autre façon d’être mobiles. Ces seniors ont une mobilité active, levier de participation sociale.
•    Mobilité mesurée : avec l’avancée en âge, les seniors opèrent une restriction progressive de leurs déplacements. L’usage de l’automobile assure une autonomie effective, sur un territoire étendu. Le renoncement progressif à la conduite pose la question de l’utilisation d’autres modes de transport, comme les transports en commun ou les transports à la demande, mais aussi de la réduction de la zone de mobilité, notamment pour les seniors confrontés aux problèmes médicaux qui sont amenés alors à faire des coupes dans leurs sorties.
•    Mobilité contrainte : Les pertes d’autonomie physique et psychique contraignent le senior à restreindre drastiquement ses déplacements jusqu’à se centrer sur le domicile. Le champ des possibles se réduit, en particulier pour les personnes qui habitent dans le périurbain ou à la campagne, où les biens et services sont loin du domicile. Une autre forme de mobilité se joue ici, une mobilité inversée, où l’individu fait venir le monde et les autres à lui, moyen efficace de prolonger l’autonomie des seniors.

Prendre en compte les vulnérabilités pour favoriser la mobilité
La mobilité peut être contrainte par d’autres facteurs que les problèmes de santé et l’avancée en âge. Des vulnérabilités multiples, connexes vont devenir des facteurs d’exclusion du senior, entre autres : matériels, organisationnels, compétences en mobilité (savoir se repérer dans un réseau de transport, utiliser les nouvelles technologies), psychosociaux (peurs des chutes, de sortir, de l’environnement), etc.

L’environnement physique des seniors conditionne leur mobilité. Adapter la société au vieillissement, c’est aussi aménager l’espace public à la mobilité déclinante. Il existe une diversité de situations en fonction des territoires de résidence. Vivre dans une maison en milieu rural ou dans un appartement en centre ville ne questionne pas les mêmes enjeux en matière de mobilité. L’automobile est indispensable en milieu rural alors qu’elle ne l’est pas dans un centre urbain. La mobilité contrainte est davantage prégnante en milieu rural, la mobilité mesurée est plus aisée en ville.
Les réponses à envisager sont alors particulièrement complexes, puisqu’elles se situent au croisement des politiques sociales, de santé, de transport, d’aménagement, de logement, etc.

Mélissa Petit

Pour en savoir plus :
Etude sur la mobilité des seniors en France

La mobilité : un facteur clé pour une vie active et autonome