Laurent Levasseur est le PDG de Bluelinea, une des entreprises en pointe de la « Silver Valley ». Très médiatique, il vient d’être élu Président de l’Asipag, le syndicat de la filière « Silver économie ». Selon lui, pour avoir de l’avenir, la Silver economie doit à la fois savoir répondre aux besoins des âgés et se doter d’un modèle économique.

 

Génération Care : Avec 51% de croissance du chiffre d’affaires en 2014, près de 100 salariés aujourd’hui contre 45 fin 2013, plus de 12.000 clients et une présence dans une centaine d’EHPAD, comment caractériseriez-vous l’activité de Bluelinea ?

Laurent Levasseur : Bluelinea est un nouveau genre d’opérateur d’objets et services connectés dédiés à la santé. Nous associons dans un bouquet de la technologie des objets connectés et des services avec un suivi psychosocial et la capacité d’activer un réseau d’entraide.

Nous nous sommes inspirés du modèle économique du smartphone, avec la mise en place d’un abonnement.

Avec « Blue Home Care », nous avons déployé des objets connectés destinés à l’urgence (médaillon d’alerte, détection de chute, suivi glycémie…) et aussi des objets de suivi des maladies (amaigrissement thérapeutique, hypertension artérielle, mise en place d’un carnet de liaison).

 

G.C. : Pourquoi avoir créé un pôle domotique ?

L. L. : Nous voulons répondre au souhait des seniors de vieillir chez eux le plus longtemps possible. Pour leur permettre de rester plusieurs années de plus au domicile, il faut adapter le logement pour qu’il soit plus « amical » et ergonomique.
Dans le pôle domotique nous adaptons les objets à la personne en faisant en sorte qu’elle conserve de l’agilité et puisse continuer à vivre dans son espace de vie élargi. Parfois, on choisit par exemple de déployer l’ouverture automatique d’une porte ou des volets, mais on va dans le même temps inciter la personne à se lever pour éteindre ou allumer la lumière. D’ailleurs, les âgés ne supportent pas d’être assistés. C’est aussi le sens du bracelet d’autonomie. Les personnes peuvent sortir, aller se promener autour de chez elles, sans que cela provoque une situation d’angoisse pour le conjoint.
Si vous maintenez à domicile les gens en les bloquant, vous ne solutionnez rien.

 

G.C. : Vous parlez d’une offre à 360 degrés, jusqu’à l’Ehpad à domicile… de quoi s’agit-il ?

L. L. : Nous avons élargi notre gamme par un pôle de services connectés, avec pour objectif de permettre à des personnes qui n’avaient plus accès à certains services de continuer à en bénéficier : dentiste, optique et audition à domicile ou en Ehpad. On travaille à faire labelliser ces services et à les mettre en conformité avec la réglementation.

Enfin, nous réfléchissons à l’Ehpad à domicile avec des partenaires. Le principe est de faire que le personnel d’un Ehpad puisse à terme s’occuper de 300, 400 personnes âgées dans un cercle géographique déterminé autour de l’établissement. Nous mettrons à disposition le socle technologique (carnet de liaison, détecteur de chutes, plateforme de coordination) qui permet de gérer l’ensemble des appels. L’idée est de faire une offre évolutive. De notre côté, cela coûte 3 à 5 euros par jour pour la mise en place du socle de base. Chaque groupe pourra constituer son offre avec un bouquet de services qui peut monter en puissance. Ce sont des offres à tiroirs. Nous nous apercevons que les gens sont prêts à aller jusqu’à payer le même prix que l’Ehpad si cela signifie pour eux rester à domicile et recevoir le plus longtemps possible leurs enfants chez eux, ou rester en couple…

 

G.C. : Qu’est-ce qui fait le succès de Bluelinea ?

L. L. : Le succès, c’est du bon sens. Il faut que les types d’objets et de services proposés soient utiles pour ce public vulnérable. Il s’agit donc de mettre du bon sens dans le modèle économique de la silver économie. Il faut que l’offre puisse rencontrer la demande en prenant en compte un type particulier de personne : on ne sait pas si elle va être équipée pour 3 jours, 3 mois ou 3 ans…
Aujourd’hui avec 12.500 particuliers équipés (là ou demain ce sont 2 millions de personnes qui pourraient être concernées), nous sommes une jolie illustration de ce qu’il est possible de faire dans la Silver économie. Mais nous sommes au début du début, nous n’avons encore rien réussi, sinon à démontrer qu’il y a un modèle économique possible.

 

G.C. : Qu’est-ce qui bloque aujourd’hui le développement de la Silver économie ?

L. L. : Ce qui freine, ce sont les acteurs. On ne peut pas tout attendre de la puissance publique. Au travers du crédit impôt recherche, il est possible de lever des fonds, d’accéder à des marchés financiers. Il est possible en France de faire financer l’innovation comme nulle part ailleurs. Une fois qu’on a travaillé à la mise en place de nouvelles solutions, il faut mettre en place un modèle économique. Sinon on n’avance pas. Aujourd’hui, trop d’acteurs s’arrêtent dès qu’ils ont mis en place une solution, souvent très pertinente, et attendent que la puissance publique les aide.

Actuellement on est tous conscients que la demande existe et que personne n’y répond intégralement. Mon objectif en tant que président de l’Asipag est d’apporter un plus grand service, un accompagnement aux nouveaux membres, pour pouvoir avec eux partager la mise en place de modèles économiques qui vont permettre à beaucoup de grandir. Si on reste avec trop d’entreprises embryonnaires, on ne sera pas en capacité de rendre un service au plus grand nombre.

 

Propos recueillis par Sandrine GOLDSCHMIDT

L. Levasseur : « Le succès, c’est du bon sens »