On peut être jeune et s’intéresser au sort des vieux. Camille Itache a 20 ans. Cette étudiante en information et communication à l’I.U.T de Tours a imaginé, avec deux camarades, un projet intergénérationnel qui mêle l’artistique à l’humain.  Récit d’une initiative originale et généreuse.

Réaliser un événement sur un thème libre fait partie de son programme d’études à l’I.U.T. Camille Itache n’a pas cherché longtemps pour trouver son sujet. Elle avait lu le rapport ministériel « Monalisa » (2013), de Michèle Delaunay qui faisait, entre autres, état de la diminution des relations entre les générations. « Nous sommes parties d’un constat simple explique la jeune fille : nous voyons peu nos grands-parents finalement. » Avec Léa et Florie, elles ont eu l’idée de sensibiliser le grand public à l’isolement des personnes âgées. « L’une des filles de notre groupe est passionnée d’art : elle dessine et elle peint. Nous avons décidé d’intégrer l’art dans ce projet. C’est bien plus original que de faire un simple reportage ! » Il a fallu trouver des personnes âgées qui acceptent de raconter leur vie à un artiste, un inconnu, pour que celui-ci élabore une œuvre unique à l’issue d’une rencontre. «  On avait nos grand-mères mais ça n’était pas suffisant », commente-t-elle en souriant. Nous voulions que ces personnes soient dans une même structure. Les maisons de retraite n’ont pas été réceptives à l’idée alors notre choix s’est porté sur l’association Les petits frères des pauvres* via leur antenne de Tours. Ils ont aimé notre proposition, nous avons engagé un partenariat. Puis est venu le temps de démarcher des artistes locaux susceptibles de s’impliquer bénévolement. La future chargée de communication en entreprise a déposé tracts et affiches dans les lieux artistiques de la ville.

C’est ainsi que 10 artistes, avec parmi eux, un photographe, un peintre, un musicien, un sculpteur, ont rencontré 10 personnes âgées le samedi 31 janvier. Dans la salle où un goûter avait été organisé, un peu de timidité flottait dans l’air. « On avait un peu peur qu’elles n’osent pas parler d’elles, se confier. Mais au fur et à mesure, les artistes les ont mises à l’aise. Nous avons pris des photos et les binômes se sont formés. Je pense que les intéressés se sont sentis mis en valeur car ils sont actifs, insiste Camille. Ils sont acteurs et non passifs. » Leur âge ? De 65 à 86 ans… Tous les participants découvriront l’exposition « Une œuvre, une vie », du 12 au 15 mars prochains*. Un texte racontera le parcours de chacun.

Petits moyens mais grandes ambitions. Pour trouver des fonds, les trois étudiantes ont présenté leur projet sur un site participatif (fr.ulule.com). Si elles ont récolté plus de 600 euros, c’est surtout humainement qu’elles en sont plus riches. « En dehors d’une expérience professionnelle de création d’événement, on voulait en profiter pour faire une bonne action, précise la jeune fille. C’est touchant et ça réchauffe le cœur de voir de jeunes artistes prendre ce temps-là. Voir des sourires sur les visages. Et tant mieux si on peut parler de l’association et lui apporter d’autres adhérents ou bénévoles. Des visiteurs penseront peut-être à aller voir leurs propres grands-parents ».

Marina Lemaire

*www.petitsfreres.asso.fr
*Exposition « Une œuvre, une vie », du 12 au 15 mars, galerie Lyeucommuns, 27 rue Etienne Marcel. Quartier du Vieux Tours (37).

L’art au service de l’intergénérationnel