La première fois que l’on a annoncé à Pascale qu’elle allait être grand-mère, elle avait 49 ans et la dernière, 66 ans. Elle a aujourd’hui six petits-enfants âgés de 2 à 18 ans.


DSC_0148Chaque naissance est un étonnement et une émotion intense.
Ils sont si petits, si fragiles, ce sont des petits êtres miniatures si bien finis, chaque petit doigt ou petite fossette est un émerveillement. Et en même temps, ils sont une prolongation de nous et finalement je m’interroge comme je l’ai fait pour mes enfants. Quel sera son caractère ? Que deviendra-t-il ? Trois d’entre eux sont assez proches géographiquement, les trois autres vivent en province. Le plus âgé fait ses études d’ingénieur et habite chez moi, les deux plus petits habitent en grande banlieue. Nous  nous voyons environ deux fois par mois pour les moins éloignés, pas plus, car je travaille encore. Nous communiquons assez peu.  Ils viennent me voir, je vais les voir. On se voit seuls ou avec les parents. C’est très variable.

Ils m’appellent Mana.

Etre grand-mère, c’est avoir quelques responsabilités sans aucune des contraintes quotidiennes des parents. Un grand luxe !.

Je les regarde grandir, avec distance, et les liens se tissent au fil des instants passés ensemble.  Quand je les ai à la maison, tout mon temps leur est consacré. Autour d’un dessin ou d’un modelage les langues se délient et chacun se dévoile. Si je vois un enfant est un peu trop tendu, le soir après lui avoir lu une histoire, je lui montre comment détendre ses muscles de la tête aux pieds en le massant et lui expliquant qu’eux aussi ont besoin de bien dormir pour être en forme.

Les moments émouvants c’est lorsqu’ils nous disent qu’ils nous aiment à leur façon. Une fois, je suis allée voir et écouter une de mes petites-filles, qui avait peut-être huit ans, et chantait dans une chorale. Je l’accompagnais à pied à l’école ce qui nous permettait de papoter. Lors d’un trajet, elle me demande si j’aime Nancy. Je lui réponds qu’elle habite une jolie ville, qu’elle a de la chance. « Tu sais Mana, c’est vraiment bête que tu travailles, tu devrais arrêter et déménager, comme ça on pourrait se voir tous les jours ! ». Elle s’est perdue dans les tourments de la vie, je ne la vois plus.  Et cela, il faut aussi l’accepter parfois.

Avec les ados, frénétiquement addicts aux sms et selfies, c’est parfois plus difficile, il faut trouver un nouveau terrain d’échanges, des activités insolites qui remportent leur adhésion. J’aimerais leur transmettre des choses simples qui me semblent essentielles, l’écoute, l’attention, la tolérance. Et eux m’apprennent à vieillir, moi qui n’en ai peut-être pas très envie, étant toujours en activité.

J’avoue que ce n’est pas si simple de communiquer et de vivre une relation profonde si nous sommes éloignés. Je m’en suis aperçue quand mon petit-fils est venu faire ses études à Paris et qu’il s’est installé chez moi. Son statut « d’étudiant » et le mien « de vieille pomme », allaient-ils fonctionner ? Je trouvais que tout allait vite. Pour moi, son père était encore étudiant il n’y avait pas si longtemps. Son arrivée fut un événement, je me suis écriée : Eh, réveille-toi ma belle, tu as l’âge de l’automne et des sonotones ! C’est à la fois vivifiant car nous entamons une nouvelle étape : « Je ne veux pas être chez toi ton petit-fils, mais un étudiant indépendant. Je me gère ! » « D’accord ». C’est en même temps une projection vers la vieillesse avec cette question lancinante : que restera-t-il le jour où mes feuilles mortes seront toutes au sol ?

Nous avons commencé notre cohabitation, attentifs à l’autre. J’essaie d’être discrète, de ne pas imposer de repas, « à table, j’ai l’impression de perdre mon temps » me dit-il. Nous nous invitons de temps en temps, quand c’est lui qui me reçoit et prépare le repas, je savoure ! Côté linge, la tradition a la dent dure mais une cohabitation libre et affectueuse prend forme.

Je ne suis pas la grand-mère que je pensais devenir. Je rêvais d’une famille unie dans une maison aux portes ouvertes. La vie en a décidé autrement, travaillant toujours, les portes ne sont qu’entrouvertes. Mais quand elles s’ouvrent, j’essaie de les ouvrir en grand.

Etre grand-mère est sans doute savoir s’adapter et accepter de vieillir. Dire qu’actuellement, nos relations soient vraiment plus proches qu’avec les générations précédentes ? Je ne sais pas.
Pour moi, ce ne sont que des questions d’individualités.

Témoignage recueilli par Joëlle Guillais, romancière

Retrouvez tous nos articles dédiés à la fête des grand-mères et sur Twitter.

« Je ne suis pas la grand-mère que je pensais devenir »