La chaire « Transition démographique, transition économique » (TDTE) organisait à la Caisse des dépôts le 15 avril dernier un séminaire consacré aux perspectives de la Silver Economie.
L’occasion pour Jean-Hervé Lorenzi, son titulaire, de promouvoir la nécessité de bâtir un nouveau contrat intergénérationnel, et de poser la question de la place de la Silver Economie, entre fantasme d’un nouveau rôle donné aux retraités, et réalité.

A l’appui de ce questionnement, une étude a été commandée au « Lab RRI » (réseau recherche et innovation), qui a permis de faire un point sur ce que représente concrètement la Silver economie aujourd’hui. Selon cette étude menée auprès de 52 entreprises de la Silver Valley, la filière économique « silver eco » regroupe des entreprises en majorité innovantes, essentiellement des start-up, qui se positionnent en général à la fois sur les produits et les services, dans de larges domaines, allant de la robotique à l’alimentation, en passant par la domotique, l’habitat, la mobilité et les services de soins aux personnes âgées.
Ce qui manque aujourd’hui à  ce secteur selon l’étude, vient plutôt de la réticence persistante de la demande. Aujourd’hui, les clients et le chiffre d’affaires ne sont pas au rendez-vous, soit parce que les produits sont trop chers, soit parce qu’ils ne sont pas encore accessibles, mal connus.

Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée aux personnes âgées, était également présente pour faire le point sur cette filière qu’elle a initiée en 2013 avec Arnaud Montebourg. Selon elle, la demande surviendra avec l’accès des « babyboomers » à la retraite, qui voudront gérer leur bien- vieillir. Elle considère qu’il y a deux conditions à cette émergence : que les produits ne soient pas trop chers, pour ne pas être réservés qu’aux seuls retraités aisés, et qu’ils soient plus attractifs. Ainsi, reprenant un de ses exemples favoris, elle affirmait : « le déambulateur c’est le vélo des personnes âgées. Il peut être chic et branché ». Elle recommande un effort pour la commercialisation et a notamment insisté auprès de la grande distribution pour qu’elle s’empare du marché.

Quant au rôle de l’Etat, appelé par la chaire TDTE à être un moteur d’impulsion, il est essentiel selon Luc Broussy, président de « France Silver Eco » (ex-CNR santé), qui a appelé à un « acte II de la Silver Economie ». Il a regretté qu’il n’y ait pas eu de réunion de la filière Silver Economie depuis fin 2013. Car comme il le précise, l’offre existe un peu partout en France, mais elle n’est pas encore suffisamment structurée. On est encore, ajoutait Benjamin Zimmer, directeur de la Silver Valley, dans un système où l’on reproduit les échecs département après département, à défaut d’être mieux coordonnés. Il estime toutefois qu’il faut savoir aussi reconnaître les succès et ne pas demander à la filière qui n’a pas deux ans, plus qu’elle ne peut produire. Il a insisté sur la nécessité de sensibiliser les  entreprises qui sont nombreuses à oeuvrer à l’économie du vieillissement sans le savoir.

Pour Laurent Levasseur, président de Bluelinea, qui a augmenté son chiffre d’affaires de 78% au 1er trimestre 2015, un des blocages au développement de la Silver Economie vient aussi des entrepreneurs : ils doivent absolument travailler, dit-il, à faire du chiffre d’affaires et à trouver des clients, pas seulement à inventer de nouvelles solutions, des « silver innovations ».

Meilleure commercialisation, souci du besoin des clients, et nécessité de rencontrer la demande, autant de leviers qui peuvent faire d’un petit secteur aujourd’hui un véritable pan prioritaire de l’économie nationale, au service de tous.

 

Sandrine Goldschmidt

 

Quelles innovations pour la Silver Economie ?