Faites le test : parlez autour de vous du concept de Senior Cottage, et vous aurez très certainement un concert d’opinions très diverses. Avoir un « mobil home » pour son parent âgé dans son jardin, cela fait immédiatement réagir. Et si c’était parce que le concept est réellement novateur ?

Aux Etats-Unis ou en Australie, pays où les longues distances font qu’il n’est pas rare de transporter sa maison sur les routes (« mobil homes »), cela fait bien des années que le concept connaît un vrai succès. En France on n’a guère l’habitude de ce mode d’habitat, la caravane étant associée au camping ou à l’itinérance et à un imaginaire pas toujours positif.

Un moyen de briser l’isolement des âgés
Mais si l’on regarde cette idée d’un peu plus près, on commence à apercevoir les bienfaits qu’on peut en tirer : installer dans le jardin une maison de 20 ou 25m2 pour un parent âgé, ce n’est pas l’éloigner de soi par facilité. C’est au contraire se rapprocher de lui et éviter qu’il se retrouve trop isolé, dans une habitation non équipée pour une personne en perte d’autonomie ou en maison de retraite.

« Nous avons une famille intéressée, la dame est à 200 kilomètres de sa mère.
Elle ne peut pas adapter sa maison, mais en revanche pourrait installer un cottage dans son jardin », explique Marité Michaud, une des associées du projet.
En outre, cela permettrait une économie. On peut en effet louer un « senior cottage » pour 500 euros par mois, « alors qu’elle s’est renseignée, une maison de retraite convenable lui reviendrait à 2000 euros et elle n’a pas les moyens », explique-t-elle.

Avoir tout l’équipement nécessaire sans être à l’hôpital
Côté entourage, c’est donc avantageux. Mais pour la personne qui perd son autonomie, c’est aussi une solution qui peut avoir son intérêt. Le « cottage » est en effet conçu pour être accessible à tous les services et confort nécessaires à la dépendance. Accessible, il peut être équipé de toute la domotique moderne, jusqu’à un lève-personne en cas de dépendance lourde. On peut y installer un poste-infirmier (1), le plan de cuisine peut être monté ou descendu automatiquement. Toutes les canalisations sont raccordées à la maison principale, mais l’eau chaude est produite dans un ballon interne.
Tous ces services sont à la demande, et à l’achat, il faut compter 50.000 euros pour 20m2, 75.000 pour 25. Le lieu peut ressembler à une chambre d’hôpital, en cas de dépendance lourde. Mais ce serait une chambre avec toutes ses affaires, et tout près de ses proches. Une vraie chambre à soi, un maintien au domicile, en quelque sorte.

Enfin, les concepteurs du « Senior Cottage » ont découvert qu’un autre public pourrait être intéressé par ce mode d’habitat intermédiaire, qu’ils n’avaient pas prévu au départ : ainsi, des établissements pour personnes âgées qui auraient besoin de mettre aux normes ou faire des travaux, pourraient loger certainEs résidentEs dans des « senior cottage » en attendant. Ou même, des petites communes, n’ayant pas assez de personnes âgées sur leur territoire, mais suffisamment pour envisager une prise en charge, pourraient installer sur des terrains des vrais domiciles pour âgéEs, avec au centre un espace commun où se rendre pour bénéficier ensemble de services infirmiers, aides à domicile, etc.

Une nouvelle habitation intermédiaire très « care »
Les 4 associés de « Senior Cottage » se sont lancés dans l’aventure après que l’un d’entre eux, le Docteur Saillon, touché par une histoire personnelle, s’intéresse à l’innovation dans le maintien à domicile, alors qu’il possède déjà 5 maisons de retraite (groupe Almage).

Le concept est en phase de test, avec un site de démonstration à Fontainebleau. Les associés espèrent obtenir plusieurs commandes d’ici la fin de l’année pour pouvoir continuer l’aventure.
Une fois les barrières psychologiques associées aux pensées de « mammy ou papys dans le jardin », ou à la peur de garder la personne près de soi jusqu’à sa mort, cela pourrait bien constituer un vrai habitat intermédiaire d’avenir dans le cadre de la nécessaire adaptation de la société au vieillissement. Et ainsi offrir la possibilité à des personnes âgées des zones rurales de continuer à vivre dans le « Home and People Care », à la maison et entourées de leurs proches.

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1) Poste électronique qui permet de contrôler tension, rythme cardiaque, etc.

Lien vers le site : http://www.senior-cottage.fr/

Senior Cottage : vivre ensemble chacun chez soi