Héloïse Lauret est à la tête de l’Innovation et de la RSE (Responsabilité Sociétale d’Entreprise) de BNP Paribas Cardif. Hyperactive dans son entreprise, où elle a notamment mis en place les Jams Sessions, elle l’est aussi dans le monde plus global de l’innovation, où elle favorise les rencontres professionnelles, la réflexion et le partage des savoir-faire. Parmi ses initiatives, on peut noter la création d’un Club des managers de l’Innovation en entreprise et la co-organisation du colloque annuel sur la créativité de Créa France (Association française pour le développement de la créativité). « Vieillir demain » sera le 5e jam orchestré par Héloïse. Pense-t-elle que les baby-boomers pourront tenir le rythme ?


Génération Care
: Les amateurs de jazz connaissent les Jams Sessions en musique, mais en entreprise qu’est-ce que c’est ?

Héloïse Lauret : Un jam, c’est une session de co-création qui repose sur cinq piliers. Tout d’abord, on a un objectif qui est de délivrer un prototypage, d’un service ou d’un produit, et de ne surtout pas rester au stade de l’idée. Cet objectif, on doit l’atteindre dans un temps contraint, c’est le sprint. Chez BNP Paribas Cardif, on a choisi le format 48h, d’autres entreprises expérimentent des formats de 24h, qui, pour le coup, sont extrêmement rapides. La méthodologie du jam est celle du design thinking. Pas mal de gens en entendent parler, sans bien savoir de quoi il s’agit. En fait, le principe est de se mettre à la place de l’utilisateur final lorsqu’on imagine un produit ou un service. Cela a l’air évident comme ça, mais en réalité, ça ne l’est pas du tout. L’exercice se fait dans la multidisciplinarité. Ainsi, des profils très différents se retrouvent autour des tables de travail. Donc, il n’y a pas seulement des marketeurs ou des commerciaux pour imaginer un produit ou un service, mais des compétences très variées qui m’amènent au dernier pilier : celui de l’innovation ouverte. La réflexion ne se fait plus uniquement en interne, mais avec des gens de l’extérieur, souvent issus d’autres entreprises, qui, je tiens à le souligner, ne sont pas nécessairement des starts-up. Ce que nous recherchons dans nos jams, c’est à travailler avec des personnes qui potentiellement réfléchissent aux mêmes problèmes que nous, mais dans des univers et des écosystèmes différents. Pour moi, c’est vraiment le point fort numéro 1 de la démarche.


G. C.
: Quelle a été votre réaction lorsque Génération Care vous a proposé d’organiser un jam avec des baby-boomers ?

H. L. : J’ai adhéré tout de suite. Je trouve ça carrément génial. D’abord, l’ensemble de votre démarche s’inscrit dans quelque chose de beaucoup plus grand que les 48h. Le jam que nous allons faire ensemble est une sorte de top départ, vers un horizon nouveau. Et en plus, les baby-boomers sont une population que nous n’avons, pour ainsi dire, pas encore adressé dans nos jams et pour laquelle, clairement, il y a tout à inventer, ou plutôt à réinventer. Je suis donc très très curieuse de voir ce que ça va donner. Le public de ce jam est tellement différent des précédents, où nous étions plutôt sur une population jeune, technophile et naturellement appétente à ce genre de démarche. Du point de vue de l’innovation, je suis donc impatiente de voir à quel point la méthodologie va prendre. Je pense en tout cas que nous allons bien nous amuser et que nos jammers vont bien nous surprendre. Et ce qui est certain, c’est que BNP Paribas Cardif va écouter la voix des seniors d’une manière particulièrement innovante et en rupture avec ce que l’on a l’habitude de voir chez un assureur.


G. C
. : Que vous inspire le mot d’ordre de l’évènement : « dans un monde qui change, vieillir est un futur à inventer » ?

H. L. : De la fascination. La transition que nous vivons entre le monde d’aujourd’hui et le monde de demain me passionne et je suis personnellement à l’affût de tout ce qui change et qui s’infiltre, petit à petit, jusqu’aux endroits les plus improbables. En cela, le terrain de la silver économie est exemplaire. C’est assez génial de voir les générations les plus âgées, auprès de qui on pourrait s’attendre à beaucoup de réticences, s’adapter à la nouveauté. Il suffit de regarder autour de soi. Je pense en ce qui me concerne à ma grand-mère, que je vois s’approprier les nouveaux outils technologiques d’une façon que je n’aurais jamais imaginée. Pour la petite histoire, on ne communiquait plus ensemble parce qu’on ne peut plus se parler par téléphone, elle ne m’entend plus, et grâce à Skype, elle voit maintenant régulièrement mes enfants et je lui fais visiter les endroits où je vais, parce qu’elle ne peut plus bouger de chez elle. Et ce n’est qu’un début, ça va continuer dans ce sens-là pour elle, pour ceux de sa génération et pour nous tous. Les personnes âgées de demain sont encore jeunes et évoluent aujourd’hui dans ces nouvelles technologies. C’est donc très prometteur, à condition, bien sûr, de savoir poser les limites. Et c’est cela que je trouve particulièrement intéressant dans l’exercice que nous allons faire cette semaine : nous allons à la fois nous projeter dans les hypothèses les plus futuristes et en même temps raisonner avec un certain sens du passé. J’ai hâte d’y être !

Propos recueillis par Sarah Décarroux

H. Lauret : « Un jam, c’est une session de co-création »