Guillaume Malochet pilote les recherches menées au sein de La Fabrique de la Cité, un « think tank » fondé à l’initiative de VINCI dont la vocation consiste à valoriser les innovations urbaines. La Fabrique de la Cité rassemble des acteurs internationaux pour repérer les bonnes pratiques du développement urbain et avancer de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes. Par ailleurs, il s’intéresse à la vieillesse. De 2010 à 2014, il a travaillé dans les services du Premier Ministre, au sein de France Stratégie. Expert des politiques sociales du vieillissement, il a rédigé avec Martine Pinville, alors députée de Charente, le rapport remis au Premier Ministre, Relever le défi politique de l’avancée en âge (2013). Plus récemment, il est l’auteur de l’essai Les théories de la reconnaissance, aux éditions La Découverte (2014).

Guillaume Malochet interviendra à la fois lors de notre matinée « d’immersion » sur la ville de demain, et pendant les ateliers. Une occasion pour lui de renouer avec ce secteur qui le passionne.


Génération Care :
Qu’est-ce qui vous a motivé à participer à notre événement ?

Guillaume Malochet : Tout d’abord, mon intérêt pour la question du vieillissement. Cet événement me permet de revenir à un sujet qui a constitué un gros pan de mon activité professionnelle de 2010 à 2014. Travaillant alors à Matignon, j’ai été associé de près aux différentes réformes : d’abord celle de la dépendance, en 2010-2011, puis celle de l’adaptation de la société au vieillissement en 2013-2014. A chaque fois, j’ai été chargé d’apporter des éléments de comparaison internationale, ce qui permettait de mettre en lumière des innovations concrètes et de souligner aussi l’importance du changement de regard sur cet âge de la vie.

Mon autre motivation, c’est la méthode choisie, le JAM, avec l’apport du « design thinking »,
qui me semble la plus appropriée pour aborder de manière ouverte, collaborative et prospective, ce sujet qui nous concerne tous et qu’on a tendance à voir a priori comme anxiogène.

L’idée de mettre autour de la table des personnes venues d’horizons très différents me semble très porteuse. Cela permet de se départir des postures trop figées, de construire ensemble un cheminement, un regard, des projets différents. J’ai aussi regardé le site Génération Care, qui a beaucoup de contenu, et qui porte des messages positifs en faisant du vieillissement une ressource à mieux valoriser.
La vieillesse, ce n’est pas un naufrage : je suis très attaché à l’idée de renverser ces idées convenues.


Génération Care :
Qu’attendez-vous, pour vous et pour La Fabrique de la Cité, de ces deux jours ?

Guillaume Malochet : En tant que « think tank » sur l’innovation urbaine, La Fabrique de la Cité est sensible à la mise en œuvre de nouvelles méthodes de travail, faisant place à l’apport de toutes les expertises. Nous avons expérimenté le « design thinking » lors de notre dernier séminaire international à Berlin, en juillet 2015 ; ces deux jours seront une nouvelle occasion de mettre en œuvre le mot d’ordre collaboratif que nous prônons. Sur le fond, le thème de ce JAM entre en résonance avec certains axes de recherche initiés à La Fabrique de la Cité. Nous réfléchissons par exemple aux questions de santé en ville. Y a-t-il un urbanisme favorable à la santé ? Comment décliner le design universel (pour tous les âges) en ville ? Comment favoriser le bien-être des citoyens à travers des choix d’éco-conception des bâtiments ou des infrastructures respectueuses de la qualité de l’air ?

Notre démarche est simple : nous partons toujours des attentes et des usages des habitants des villes. Et bien entendu le phénomène du vieillissement doit être pris en compte comme une donnée de base dans cette équation visant à construire une ville porteuse de « care », c’est-à-dire attentive au bien-être de tous.

De manière plus personnelle, je suis sensible à l’idée de design universel. Les catégories d’âge ne doivent pas enfermer la réflexion. La ville de demain sera porteuse de bien-être et de qualité de vie si elle répond aux besoins de tous. Cela passera notamment par des micro-adaptations de l’espace urbain. Par exemple en réfléchissant à la hauteur des trottoirs pour qu’à la fois quelqu’un avec une poussette, dans un fauteuil roulant ou avec un déambulateur, puisse se mouvoir dans l’espace public. Il faut décloisonner les regards, ne pas enfermer les gens dans des catégories stigmatisantes. Tout le monde peut avoir des problèmes, quel que soit l’âge ; essayons de voir les solutions envisageables pour répondre aux besoins du plus grand nombre.


Génération Care :
Que vous inspire le mot d’ordre de l’événement : « dans un monde qui change, vieillir est un futur à inventer » ?

Guillaume Malochet : « Un futur à inventer » : oui mais par qui ? Par chacun d’entre nous. Dans cette méthode de « design thinking », on part de ce que les individus, de ce que chacun d’entre nous a envie de faire, de donner au collectif, de faire bouger. Pour moi, c’est ça l’important : partir des usages, des attentes, des besoins, et ensuite avoir des réponses collectives.

« Dans un monde qui change » : c’est vrai qu’il y a une accélération de la dynamique de changement.
Je vois la vitesse dans laquelle nous sommes plongés comme un moteur d’opportunités, un potentiel énorme, qui n’est pas réservé aux seuls cadres dynamiques. Ce monde qui change, il change aussi grâce à chacun d’entre nous, par nous, ce n’est pas une contrainte, quelque chose qui s’impose à nous. Le train roule très vite, certes. Mais il peut aller vers de belles destinations si on le veut. Ce futur à inventer, il doit l’être pour tout le monde, et surtout avec tout le monde.

 

Propos recueillis par Sandrine Goldschmidt

G. Malochet : « La vieillesse, ce n’est pas un naufrage »