Flore est malade depuis plus de 8 ans. Son fils est réalisateur de films. Pendant des années, Jean-Albert Lièvre a filmé sa mère. Il a ainsi accumulé un matériau inépuisable pour parler de ce sujet qui touche de nombreux Français. « Flore » raconte la renaissance d’une femme âgée, malade Alzheimer, qui reprend goût à la vie chez elle, en pleine nature corse. Un film humaniste et instructif.

Retour à la vie
A priori, aller voir un film qui traite de la maladie d’Alzheimer n’est pas un choix « sexy ». Mais voilà, on ne peut passer à côté d’un long métrage qui évoque la beauté de la vie malgré tout. Car même quand on est malade, on est dans la vie. C’est ce que raconte le film de Jean-Albert Lièvre. Flore est sa mère. Autrefois, elle fut artiste-peintre. Des films de famille la montrent jeune : une beauté blonde et bronzée, superbe. On l’imagine actrice danoise. Sur l’une de ces images, elle tient la main d’un petit garçon d’un bout de doigt. En vieillissant, c’est son fils, devenu adulte, qui lui tiendra la main… Car Flore a la maladie d’Alzheimer. Jean-Albert a commencé à la filmer il y a plusieurs années lorsque la démence et ses conséquences sont apparues. Le réalisateur ne cache pas l’agressivité, envers les autres et envers elle-même, provoquées par la maladie. Flore est devenue violente. Elle a probablement peur. Dans les carnets intimes de sa mère, son fils lit : « Je suis seule. Il fait froid. Je suis une femme perdue ».
Peu à peu, Flore, qui passera par deux instituts médicalisés, perd l’usage de la parole et l’envie de manger. Elle se recroqueville sur elle-même et devient particulièrement difficile à maîtriser. Jusqu’au jour où son fils et sa sœur décident de la sortir de l’univers hospitalier pour l’emmener dans la maison de famille, à Lumio, en Corse. « J’ai simplement fait preuve de bon sens », explique le cinéaste. Apeurée et dénutrie, la vieille dame revit dans un environnement connu. Les murs de la maison sont remplis de tableaux qu’elle a peints au cours de sa vie… Puis, au contact de la nature et de la lumière du sud, ses cinq sens se réveillent. Aidée par un kiné et une aide à domicile qui cuisine et la masse, Flore, enfermée en elle-même, se reconnecte par moment à son entourage. Et remarche. « Et alors, vous êtes là, je suis là », dit-elle.
Flore est entourée de douceur, d’espace et de liberté : autant d’éléments dont sont privés les malades à l’hôpital. Ce documentaire passionnant sur la renaissance d’un être est singulier. Par son sujet authentique, par son parti pris esthétique parfois féérique – il y a de très belles images de la Corse -, et par les moyens matériels de l’auteur que la majorité des familles concernées ne peut avoir. A la fin du film, la vieille dame de 77 ans prend un bain de mer. Son plaisir est visible. Elle sourit. Et ce sourire magnifique ne peut qu’encourager une réflexion sur la prise en charge des patients.
Marina Lemaire.

Flore de Jean-Albert Lièvre. Prix du Meilleur Documentaire au Festival du Film Français de Los Angeles. Durée : 1h32. Sortie : 24 septembre.

Flore ou le retour à la vie