Florence Leduc est présidente de l’Association française des aidants, qui milite depuis 2003 pour que les aidants proches soient pris en considération, « dans leur juste rôle et à leur juste place ». Pour elle, le Care c’est d’abord la bienveillance dans un souci d’émancipation plutôt que de sacrifice.

Génération Care : Qu’est-ce que le Care ?

Florence Leduc : Il y a beaucoup de choses dites autour du Care. Je dirais que pour moi, c’est éminemment une position de la bienveillance, du souci de l’autre et aussi du vivre ensemble, de la réalisation des interdépendances. Le Care, c’est aussi la réflexion sur la façon dont la société veille sur les populations. Le Care a la capacité de dire autrement ce qui nous lie, cette question du pacte social, en tenant compte non pas de groupes, mais de chaque personne pour ce qu’elle est.

Dans le Care, il y a aussi la question de la place des femmes, qui est importante pour l’Association. Cette question de la prééminence des rôles féminins dans le Care et l’aide, soulève aussi l’enjeu de la reconnaissance de leur importance. En ce qui nous concerne, nous envisageons cette question avec une vision émancipatrice. Les aidants, et notamment les aidantes, ne doivent pas être assignés à résidence pour aider, comme la société et la pression sociale voudraient l’imposer.
Et ce n’est pas parce qu’on est une femme et en plus une femme aidante qu’on est obligée de tout lâcher, de ne plus travailler, de ne plus avoir de vie sociale, de  loisirs, etc. Notre vision du Care, c’est d’encourager les aidants à se débarrasser de toute culpabilité (qui est souvent un ressort important de l’aide NDLR). En effet, quelle culpabilité devrait-il y avoir quand on en fait déjà plus que plus ? Nous disons : les femmes ne sont pas obligées de mourir d’aider, ce qui est le cas chez les plus âgées.

G. C. : Est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui la société fait reposer le « Care » sur les aidants ?

F. L. : C’est le gros souci que j’ai en tant que Présidente de l’Association française des aidants. A force d’en parler on en est venu à une instrumentalisation des aidants pour leur faire faire ce qui est du ressort et de la compétence des professionnels. Les personnes qui ont besoin d’aide ont le droit d’avoir recours à des soins et des activités professionnelles que leur état requiert. Il ne faut pas que les aidants deviennent la variable d’ajustement des politiques publiques.

Dans les grandes réunions autour de l’adaptation de la société au vieillissement, des grands plans de santé publique, je passe mon temps à dire qu’il est important de ne pas traiter le sujet uniquement sous l’angle des aidants. Parlons d’abord de ce dont les personnes ont besoin en termes de santé,  de compensation, d’aides techniques, et après regardons quel est le rôle respectif des professionnels et des proches aidants qui ne sont pas là pour faire des actes techniques dont ils n’ont pas la compétence. Lorsqu’ils effectuent ces actes qui relèvent de la compétence d’autres métiers, cela peut même entraîner des violences dans les domiciles dont nous sommes responsables collectivement, parce que nous ne sommes pas suffisamment vigilants sur la réponse aux besoins des personnes.

Un des messages les plus forts de notre plaidoyer politique, c’est de dire qu’à force de parler des aidants on en oublie de parler de ce qu’on doit continuer à mettre en œuvre sur le territoire pour que les personnes soient accompagnées, soignées et aidées correctement par les professionnels dont c’est le métier.

G. C. : Est-ce qu’on doit aller vers une société Care ?

F. L. : Je ne sais pas si je peux répondre à cette question. Cela me fait penser que le rôle de la société est d’apporter à tous une réponse à ses attentes et à chacun une réponse circonstanciée et adéquate. C’est ça le prendre soin, dans la finesse, la pertinence, l’adéquation et ce n’est pas forcément ce qui coûte le plus cher. Mais ce qu’il faut absolument développer aujourd’hui, c’est l’ensemble des solutions qui permettent la prise en soin pour toutes les personnes. Aussi, ce n’est pas sain de laisser des gens vivre dans des « entre-soi » qui ne laissent pas de place à l’autre, à l’extérieur, à la vie sociale.

G. C. : Faut-il être plus Care avec l’aidant ?

F. L. : C’est dans le tous et le chacun, qu’il faut être plus Care. Je prône la bienveillance dans les unités de travail, en disant « j’ai besoin de bienveillance », je commence par moi et donc j’entends qu’on puisse mettre en œuvre les conditions de la bienveillance, ce qui ne veut absolument pas dire nier les problèmes et ne pas les mettre sur la table pour les résoudre. Au contraire, le Care c’est dire ce qu’on pense. Plus on est bienveillant à l’autre, plus on prend soin de l’autre, plus on doit être dans la sincérité et dans la vérité.

 

Propos recueillis par Sandrine GOLDSCHMIDT

F. Leduc : « Le Care, c’est la bienveillance, dans la sincérité et la vérité »