90% des Français veulent rester à domicile le plus longtemps possible. Voilà un enjeu majeur de la politique d’adaptation de la société au vieillissement. Mais rester à domicile veut-il dire continuer à vivre là où on a vécu pendant 40 ans ? Pas sûr. Car les vieux d’aujourd’hui -et peut-être surtout de demain- pourraient bien inventer de nouvelles façons de vieillir ensemble.

Si aujourd’hui tant de Français affirment vouloir rester à domicile jusqu’au bout et mourir chez eux, c’est d’abord lié à un effet repoussoir : celui des « Ehpad », qui, même s’ils se sont améliorés par rapport aux hospices-mouroirs d’autrefois, gardent une image de lieu de « ghettoïsation »,  d’exclusion des plus âgés.

Pour autant, les personnes âgées ne veulent pas non plus être un poids pour leurs enfants en s’imposant chez eux ou en leur prenant trop de temps. On table sur le fait que les « jeunes seniors » d’aujourd’hui, qui sont souvent les « aidants » de leurs parents, seront plus attentifs à anticiper leur grand âge et à prévenir une éventuelle perte d’autonomie. Ils chercheront alors, inventeront peut-être aussi, de nouvelles formes de « chez-soi », à même de répondre à la variété et à la diversité des situations de chacun.

Adapter le logement existant, en le rendant plus « secure », par des travaux ou en le connectant via la téléassistance ou la domotique, c’est la première solution pour laquelle des aides et initiatives se multiplient. Mais ce n’est pas toujours suffisant. De nombreux âgés sont propriétaires de maisons « inadaptables », ou trop isolées. Il vaut mieux alors envisager d’autres options.


Développer l’habitation intermédiaire

Le projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement en fait un axe important : développer l’offre d’habitat intermédiaire, et rénover l’existant*. Ainsi, il existe depuis longtemps des habitats intermédiaires, non médicalisés. On y est toujours « chez soi », même si ce n’est pas forcément là où on a toujours vécu. Chez soi, parce qu’on reste maître des clés,  qu’on peut apporter ses meubles, et qu’on choisit son niveau d’implication dans la « vie collective » du lieu. Il s’agit en effet de logements individuels dans une résidence qui propose des services (téléassistance ou gardiennage, animation, restauration, etc.).

Les logements-foyers sont les plus anciens (il y en a environ 2.500) et font  la plupart du temps partie du secteur médico-social. Rebaptisés « résidences autonomie » dans la nouvelle loi, ils ont l’avantage d’être subventionnés et accessibles (autour de 1000 euros par mois), mais ont pris un coup de vieux et demandent à être rénovés. Ils cherchent par ailleurs à renouveler leur offre. Par exemple la ville de Caen, qui gère tous les logements-foyers de la commune, veut en faire des lieux ouverts, des centres de quartier qui donnent envie, même aux personnes extérieures, de venir y partager des moments de convivialité, autour d’activités ou de la restauration.


400 résidences-services en France

Autre type d’habitat intermédiaire : les résidences-services qui sont dans le parc privé. Après une première génération qui a été très critiquée en raison des charges très lourdes qui pesaient sur les propriétaires (pour les services), et parfois sur leurs enfants après le décès, une seconde génération se développe. Ce sont des appartements en location qui sont proposés (Jardins d’Arcadie, Domitys, Orpea, etc.) et là encore, une gamme de services. L’enjeu de ces résidences -environ 400- est leur accessibilité. En effet, leur coût est élevé et elles ne sont pas subventionnées, mais surtout les tarifs ne sont pas toujours suffisamment transparents, entre le loyer de base et les services proposés « en option ». Au total, il faut compter 1.500 à 2.000 euros par mois.

Vrais domiciles, ces habitats intermédiaires sont encore souvent vus comme stigmatisants. On peut donc espérer et parier que la demande croissante (en 2040 il y aura 8 millions de personnes de plus de 80 ans) va stimuler l’innovation et l’imagination vers d’autres types de logements, à la fois accessibles et plus inclusifs. Déjà, les offices HLM se rénovent pour offrir des appartements mieux adaptés au vieillissement. La colocation se développe, entre seniors, ou entre générations. Dans les deux cas, il s’agit de combiner économie et maintien du lien social. Autre exemple d’innovation dans le domaine, le « senior cottage », qui permet de rester proche de ses enfants, sans pour autant avoir le sentiment de les envahir.

Quelle que soit la solution choisie, l’idée est qu’elle soit la plus proche des envies et des besoins de la personne âgée, et que celle-ci puisse se sentir le plus longtemps possible membre à part entière de la société.

Sandrine Goldschmidt

*La France compte 10 500 établissements pour personnes âgées – soit 680 000 lits –, dont 6 700 Ehpad et 2 500 foyers-logements. S’ajoutent environ 400 résidences seniors, selon le Synerpa.

Le domicile sous toutes ses formes