Pendant un semestre, l’école de création industrielle l’ENSCI Les Ateliers a mené un cours en immersion avec les résidents de l’Ehpad Alice Guy, dans le XIXe arrondissement de Paris. L’objectif était d’échanger avec les résidents afin d’améliorer l’accueil et l’hospitalité de l’établissement.

 Pendant tout un semestre, à raison d’une séance par semaine, les étudiants de l’ENSCI Les Ateliers ont travaillé dans un lieu bien éloigné de leur salle de cours : l’Ehpad Alice Guy.

Marie Coirié, designer aux hôpitaux psychiatriques de Paris, a piloté ce module dont l’objectif était de mener les étudiants « sur des terrains différents de ceux auxquels on est habitué dans le monde du design (industrie, luxe).” Espaces publics, équipements sanitaires, médico-sociaux ou associations, les possibilités étaient légion. Le lieu retenu a finalement été l’Ehpad Alice Guy, qui avait déjà sollicité l’ENSCI pour travailler sur un espace qui accueille les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer.

Sortir de ses représentations

 Discussion avec leurs grands-parents, lecture d’article sur la “Silver Economy”, les étudiants sont arrivés à l’Ehpad avec un certain nombre d’idées reçues. « Il a fallu se libérer de leurs représentations personnelles » explique Marie Coirié. Les étudiants ont donc beaucoup échangé avec le personnel de l’établissement durant la durée du projet. « Certaines conversations étaient très fortes, notamment le discours d’une animatrice sur le respect et la dignité des patients. » Aide-soignants, infirmiers et animateurs ont nourri les réflexions des futurs designers. La venue des élèves a été bien accueillie par les résidents, qui ont été intégrés à toutes les étapes de conception du projet. Ils ont pu évoquer leur quotidien, leurs problèmes et donner leur avis sur les premières maquettes réalisées par les étudiants.

Pour améliorer l’accueil et l’hospitalité de l’Ehpad, les étudiants étaient divisés en trois groupes, travaillant sur trois projets bien distincts. « Le premier groupe planchait sur une mise en espace et l’éclairage d’un couloir de l’Ehpad. Ils ont également travaillé sur l’intégration d’une douche sonore. » Le deuxième groupe s’est penché sur une problématique soulevée par les patients lors des discussions dans l’établissement : l’organisation de leur quotidien. « Ils ont travaillé sur une sorte de cornet acoustique qui enregistre des messages vocaux en lien avec le planning des prochaines journées. Il est disponible dans les pièces de vie ou à côté des ascenseurs, pour que les résidents le consulte lorsqu’ils attendent. » Dernière initiative, l’aménagement d’un espace semi-ouvert au public, pour réduire l’isolement des patients. « En l’occurrence, la création d’une terrasse au dernier étage, pour créer des connexions avec les équipements associatifs et culturels du quartier, comme une péniche-librairie. »

Se servir du design pour assurer le bien-être des résidents

Marie Coirié espère qu’à travers ces projets, les élèves ont pu être sensibilisés aux nouvelles approches en matière d’accueil et d’hospitalité, « en travaillant par exemple sur le son et la musique dans les services, sur le repérage spacio-temporel, sur l’intégration des professionnels et des parents à l’écriture des cahiers des charges ».

Marie travaille actuellement au laboratoire Accueil et hospitalité du GHT Paris psychiatrie et neurosciences. Pour elle, il est nécessaire de se pencher sur le design des établissements médico-sociaux, ces bâtiments ayant été construits pour favoriser la prise en charge médicale plus que le bien-être des résidents. « La priorité étant de soigner les personnes, ces lieux manquent bien souvent d’attention et de douceur. L’approche du design met en relief l’impact de l’expérience personnelle sur le rétablissement lui-même. Plus les personnes sont fragiles et vulnérables, plus il est important de penser la qualité des espaces, des interactions et la cohérence de l’expérience globale. »

Usbek&Rica

Exploration sensorielle en maison de retraite