Barcelone est une ville extrêmement dynamique dans le mouvement des « villes amies des aînés ». Dynamique mais surtout innovante.
Barcelone est confrontée à un véritable enjeu démographique. Les personnes de 65 ans et plus sont passées de 13,4% de la population de la ville en 1984, à 20,5% en 2015, dont plus de la moitié a plus de 65 ans. Une croissance qu’elle n’avait jamais connue jusqu’à présent.

Permettre aux seniors de « rester actifs »
En 2006, la ville s’est dotée d’un Conseil des Anciens, organe consultatif pour toutes les questions liées à la population senior. En 2009, le Conseil municipal, en accord avec le Conseil des Anciens, a décidé alors d’adhérer au mouvement des villes amies des aînés et de mettre en place des actions concrètes pour permettre à ces 20% de sa population de « rester actifs » et d’être pleinement  associés à la vie sociale et citoyenne de la ville.

Des réunions consultatives, un congrès des aînés et un site Internet ont été mis en place pour inviter les personnes à faire part de leur suggestion.
Le processus consultatif fut intense et productif : plus de 500 propositions d’amélioration de la vie quotidienne en sont sorties. Pour les seniors, « rester actif » signifiait continuer à faire partie de la vie sociale, culturelle et civile, et, pourquoi pas, avoir la possibilité de continuer à travailler.

Un manque de transports adaptés, un appartement sans ascenseur, une vie solitaire, loin de ses amis ou de sa famille, ne leur permettait pas de rester actif.

Des volontaires au service des âgés
Trois projets furent alors élaborés puis mis en place. Leur point commun : permettre à la personne âgée de rester chez elle mais ne pas se sentir isolée, lui permettre de faire partie d’une communauté de volontaires.

Le premier projet, appelé Radars, est très innovant et existe maintenant depuis 2012. Fonctionnant par quartier, son thème est : « Travailler collectivement pour construire un quartier plus attentif et humain ».

Le projet a commencé avec l’opération « door to door » ou « porte à porte ». Des volontaires d’une association ont visité chacun des personnes âgées de plus de 75 ans du quartier test, leur parlant du projet et les engageant à en faire partie. Une fois obtenu l’accord des personne âgées, une assistante sociale les a rencontrées pour voir comment les aider dans leur vie quotidienne.

Le projet Radars est basé sur une équipe de volontaires autour de chaque personne âgée. Ce peut être des voisins, des artisans locaux comme le boulanger ou le fleuriste de sa rue, ou des membres d’associations.

Les volontaires portent un regard attentif à la personne âgée auprès de laquelle ils se sont engagés,  s’assurent qu’elle va bien tout en respectant son intimité. S’ils voient quelque chose d’inhabituel, un  changement dans la routine, dans sa façon de s’habiller, dans sa façon de faire, ils téléphonent aux services sociaux qui prennent alors contact avec la personne âgée.

Ce dispositif physique de porte à porte est complété par un centre d’appel constitué là encore de volontaires, qui téléphonent régulièrement à la personne âgée pour prendre de ses nouvelles et  lui parler des activités du quartier.

Les nouvelles technologies pour rompre l’isolement
Le deuxième projet est très complémentaire de Radars. Il s’appelle Vincles et a pour but de rompre la solitude sociale des aînés grâce à une plateforme digitale. Chaque personne âgée a sa propre plateforme, à laquelle participent amis, membres de la famille, voisins, membres des services sociaux… Un cercle de gens en qui elle a confiance, à qui elle peut faire appel si besoin est, avec qui elle peut discuter même s’ils sont à l’autre bout du monde.

Ce projet  s’adresse aux personnes de 75 ans et plus, ou à des plus jeunes qui souffrent de solitude, qui vivent seuls ou souffrent de maladie chronique. Les résultats des 2 premières années sont très encourageants. Après une première période d’adaptation, l’outil est très largement adopté. Il apporte un sentiment de sécurité renforcé, l’impression de faire partie d’une communauté, de ne plus être seul, de pouvoir rester en contact même en cas de difficultés physiques.

Le troisième projet est, lui aussi, complémentaire des deux autres. Il s’agit d’un médaillon raccordé à un centre téléphonique composé de volontaires. Rien de nouveau me direz-vous. L’innovation  vient du fait que ce service est entièrement gratuit pour toute personne de 75 ans et plus.

 

Cristelle Ghekiere

Comment Barcelone est devenue une ville amie des aînés