« Adapter la société aux réalités vécues par les personnes plutôt que toujours demander aux gens de s’adapter à la société ». Serge Guérin est sociologue, spécialiste des questions du Care et du vieillissement de la population. Il observe avec beaucoup d’intérêt les dernières évolutions de notre société à l’aune du Care, et s’attache tout particulièrement à mettre en avant le rôle des aidants familiaux, qui sont selon lui au cœur du Care.

Qu’est-ce que le Care ?
Le Care, c’est à la fois une attitude et un projet. Une attitude au sens où c’est une démarche individuelle d’interaction des personnes qui sont attentives et bienveillantes envers les autres, et en particulier envers celles qui sont à ce moment-là dans une situation de fragilité. C’est aussi une attitude de réciprocité. « Etre care », c’est se dire que si la personne que j’aide est plus fragile que moi par certains aspects, elle a aussi des choses à m’apprendre et la relation  n’est pas à sens unique. Du coup, le fait que j’accompagne cette personne m’apprend des choses, sur elle, sur moi, sur la vie. Il y a donc une dynamique de progrès personnel dans le Care. En même temps c’est une vision de société plus large. Il s’agit de penser une société non pas dans l’exclusion mais dans l’inclusion, dans l’intégration des personnes avec leur fragilité. Ce projet c’est d’adapter la société aux réalités vécues par les personnes plutôt que toujours demander aux gens de s’adapter à la société.

Les nouvelles technologies et le Care
Les nouvelles technologies peuvent être mises au service d’une vision plus care de la société ou au service d’une vision sécuritaire. A nous d’en faire quelque chose qui soit au service des personnes et non quelque chose qui soit au service des technologies.

Les aidants au cœur du Care
Pour moi, s’il y a une preuve que le Care existe, ce sont les aidants : neuf millions de personnes qui aident au quotidien. Elles font face, accompagnent et aident, parfois très bien parfois plus difficilement, d’autres personnes en situation de fragilité. Elles représentent le care individuel, mais il y a aussi le care collectif, qui doit se poser la question : comment fait-on pour que les aidants ne soient pas des invisibles, des personnes hors du champ de la solidarité, comment faire qu’elles existent dans l’espace public et soient valorisées? Qu’elles soient présentes, aidées et accompagnées ?

Les prémices d’une société du Care
On est encore très loin du compte mais il y a quelques points positifs qui montrent que les choses évoluent. Par exemple dans un certain nombre de villes, la prise en compte des questions d’adaptation au handicap ou au vieillissement se développe. Le réseau des villes amies des aînés en est un exemple, la loi Delaunay d’adaptation de la société au vieillissement va dans cette direction.

Il y a donc bien des évolutions qui vont dans le sens d’une société du Care, ce qui s’explique aussi par le nombre de personnes impliquées. Il y a une prise de conscience des personnes elles-mêmes, de certains acteurs comme ceux du logement social, beaucoup de choses qui vont plutôt dans cette direction-là dans une période d’affrontement économique très rude.

Propos recueillis par Sandrine Goldschmidt

 

 

S. Guérin : « Les aidants sont la preuve que le Care existe »