Catherine Bergeret-Amselek est psychanalyste, membre de la société de psychanalyse freudienne où elle anime un séminaire mensuel sur les âges de la vie. Alors que Freud déclarait qu’on ne pouvait plus faire une analyse après 50 ans, elle s’est rendu compte que depuis une quinzaine d’années, de plus en plus de personnes de 60 à 90 ans venaient à son cabinet de psychanalyste, parfois pour une simple escale. Elle pense aujourd’hui que la quête de soi est à la fois une possibilité et une nécessité pour bien avancer en âge.

Mais Catherine Bergeret-Amselek ne se contente pas de recueillir les histoires de vie de ses analysants sur le divan. Elle est aussi ouverte sur le monde, curieuse de ses évolutions et elle milite activement pour une société de tous les âges.Depuis 1999 elle a organisé six colloques pluridisciplinaires sur les âges de la vie, dont trois sur la Cause des aînés, le dernier donnant lieu à la publication d’un ouvrage collectif paru ces jours-ci, titré : «  Vivre ensemble, jeunes et vieux, un défi à relever », aux éditions Erès. Elle interviendra lors de notre matinée d’immersion du jeudi 5 novembre, pendant laquelle elle apportera son énergie de « baby-boomeuse », avec son regard à la fois introspectif et ouvert, inventif et bienveillant.

 

Génération Care : Qu’est-ce qui vous a motivée à participer à notre événement ?

Catherine Bergeret-Amselek : J’ai été très heureuse d’être invitée à participer à ces échanges, d’abord parce que le titre « Vieillir dans un monde qui change est un futur à inventer » me plaît beaucoup. C’est l’occasion pour moi en tant que psychanalyste – qui me positionne aussi en militante pour la cause des aînés – de faire entendre une parole qui permette de promouvoir un autre regard sur le bien vieillir. Cette formulation fait d’ailleurs écho à mon livre, dont j’ai titré la conclusion « l’invention du futur ». J’ai conscience que nous sommes tous des acteurs d’un monde en marche. Si on ne remédie pas au racisme anti-âge, on ne pourra pas lutter contre l’isolement et le découpage des personnes en tranches d’âge, or nous devons bâtir des ponts entre les générations si nous ne voulons pas rater le train du « vivre ensemble ».
On sent bien actuellement une montée des terrorismes sous toutes leurs formes, rejet de l’autre dans sa différence, montée de l’individualisme, nous vivons dans une société en perte de sens. Le vivre ensemble, jeunes et vieux, comme le regard que propose Génération Care sur son site, met en valeur le fait que ceux qui sont appelés les baby-boomers aujourd’hui, et aussi les plus âgés, ont les armes pour être acteurs de leur vie le plus longtemps possible. Loin d’un vieillir jeune qui dénie les difficultés à surmonter et de la vision d’un vieillard grabataire, les vieux d’aujourd’hui ont envie de bien vivre longtemps en pleine forme, en « accord’âge ».

Nous devons inventer des nouvelles formes d’altérité, des nouvelles façons de se rencontrer et d’échanger, une nouvelle forme de transmission des plus vieux vers les plus jeunes mais aussi des plus jeunes vers les plus vieux.

 

G. C. : Pensez-vous que les baby-boomers sont particulièrement à même d’inventer ce nouveau vivre ensemble ?

C. B. A. : A 61 ans je fais partie de cette génération qui a connu 68, une époque de liberté, sans chômage et sans sida. Les baby-boomers sont une génération qui se sent libre de penser et de s’exprimer sans tabous, loin des prêts à penser imposés par une société psychologisante qui nous impose des évaluations normatives à tous les âges de la vie. Face à la révolution numérique, nous sommes une génération avide d’apprendre, de nouer parfois de nouvelles amitiés, de nouvelles amours, de nous lancer dans de nouveaux projets avec la certitude que notre temps est maintenant et pas seulement avant.

Aujourd’hui nous devons donc compter sur chacun d’entre nous, nous les usagers amenés à vieillir ou déjà bien avancés en âge pour formuler notre désir de vieillir dans de meilleures conditions que nos parents. Nous devons faire évoluer les maisons de retraite (quel vilain mot) en lieux d’attrait et d’envie et pas de non-vie. Certains travaillent déjà en ce sens comme Yves Gineste et Rosette Marescotti qui forment à l’Humanitude les équipes soignantes au domicile ou en institution.

Ce sont les usagers qui doivent exprimer leur désir et ils le font de plus en plus, je pense à l’association Old-Up et ses octo + qui ont organisé le 10 octobre une journée dans laquelle j’intervenais, extrêmement stimulante sur les apprentis centenaires : ces pionniers qui inaugurent une longévité nouvelle ont beaucoup à nous apprendre eux aussi.

 

Propos recueillis par Sandrine Goldschmidt

 

la femme en criseCatherine Bergeret-Amselek est également l’auteure de « La femme en crise »  et de « La vie à l’épreuve du temps », aux éditions Desclée de Brouwer.

Broché: 215 pages
Editeur : Desclée de Brouwer (25 août 2008)
Collection : PSYCHO

C. Bergeret-Amselek : « Inventons de nouvelles façons de vieillir »