D’ici 20 ans, un tiers des citadins auront plus de 60 ans. Un défi de taille pour les collectivités qui multiplient les initiatives dans le sens du bien-être des seniors. Habitats intelligents, transports à la carte et même mobilier urbain 100 % adaptable… visite guidée de la future « seniors city ».

Quand on pense à smart city, on pense forcément à une ville du futur connectée, ubiquitaire, rapide et… jeune. En tout cas une ville faite pour les geeks de la fameuse « génération Y », avides de nouvelles technologies. La « ville intelligente », c’est le fantasme de science fiction par excellence, bourrée de capteurs et de voitures autonomes. Peu ou pas de place pour les vieux, relégués aux marges de la vieille ville analogique. Faux ! Si l’on veut répondre au défi du vieillissement de la population, alors il faut tenir compte d’un principe : si la ville doit devenir intelligente, autant qu’elle le devienne pour tout le monde. Cela tombe bien : de nombreux exemples viennent prouver que la technologie urbaine sait aussi se mettre au service des plus âgés.


La résidence Sairenor de Cluny

« Asseyez-vous bien confortablement, tournez la tête, appuyez votre tempe contre le bouton bleu. Nous allons procéder à la mesure de votre température. »
Une voix robotisée d’hôtesse guide les gestes de patients curieux… et un peu inquiets aussi de se retrouver seuls dans cette petite cabine blanche.
Bienvenue dans la nouvelle résidence Sairenor de Cluny (Saône-et-Loire), sortie de terre il y a tout juste un an et qui se revendique fièrement comme la pionnière d’une nouvelle génération d’habitats. Le principe : des logements spécialement conçus pour des seniors qui ne peuvent plus vivre seuls chez eux mais qui restent soucieux de conserver un maximum d’autonomie.
Ici, chacun des trente-cinq T2 est équipé d’un ordinateur central qui détecte les mouvements anormaux, ferme volets et gaz à la place des locataires distraits, allume un chemin lumineux s’ils se lèvent la nuit et déclenche une alarme au moindre problème.
À l’entrée du complexe se trouve la fameuse cabine blanche médicalisée. Pour être ausculté, il suffit de se laisser guider par la voix. Poids, taille, indice de masse corporelle, pression sanguine, oxygène dans le sang, rythme cardiaque… en cinq minutes, les résidents ont droit à leur bilan de santé quotidien. Un bilan directement transmis à leur médecin. « C’est un peu comme avoir son médecin vingt-quatre heures sur vingt-quatre à domicile, c’est fou comme la technologie peut nous changer la vie » se réjouit l’un des nouveaux locataires.

 

Le bus des aînés de Lège-Cap-Ferret
Mais la ville du futur estampillée « senior », ce n’est pas qu’une question d’habitat. Depuis quelques années en effet, les collectivités multiplient les initiatives « smart » destinées à un public âgé.
En Gironde par exemple, la ville de Lège-Cap-Ferret met à la disposition des plus de 75 ans un véhicule qui vient les chercher pour les emmener chez le médecin, le coiffeur ou le supermarché, moyennant un euro le trajet. Une appli est même à l’étude pour rendre ce « bus des aînés » encore plus pratique et accessible.
Dans le Val-de-Marne cette fois, la municipalité d’Ivry-sur-Seine a développé une plateforme de « petits bricolages » destinée aux personnes âgées. L’idée : mettre en relation des seniors et des agents municipaux pour effectuer gratuitement des petits travaux à domicile, comme changer une ampoule, déplacer des meubles ou livrer des courses lourdes.
À Nantes enfin, tout est étudié pour éviter les fâcheuses chutes qui constituent les accidents les plus fréquents chez les plus de 65 ans. Ainsi, les trottoirs sont revêtus de surfaces antidérapantes et 76% des bus et trams sont équipés de planchers bas.
Des aménagements simples mais souvent très précieux au bien-être des seniors.

 

Les mobiliers urbains évolutifs de Ross Atkin Associates
Et l’avenir semble prometteur pour les citadins les plus âgés. Ross Atkin Associates, un cabinet de design londonien, développe actuellement tout un dispositif pour permettre à la ville de s’adapter en temps réel à la condition physique des personnes handicapées, mais aussi des seniors les plus fragiles. L’objectif est que le passant puisse programmer sur son smartphone ou enregistrer sur un capteur ses caractéristiques physiques, par exemple ses problèmes de vue ou ses difficultés à marcher.
«Si sa vue est mauvaise, il pourra sélectionner une option lui permettant d’obtenir des lumières plus vives quand il passe près d’un réverbère ou d’un panneau d’information numérique. Un enregistrement sonore pourra même être activé depuis le smartphone pour lui éviter d’avoir à lire les informations », expliquait récemment au site Wired Ross Atkins, le fondateur du cabinet.
De la même manière, si un passant a des difficultés pour marcher, l’appareil pourra ordonner aux feux de signalisation de lui donner un peu de temps supplémentaire au feu rouge. Le smartphone indiquera également à l’utilisateur le meilleur itinéraire à emprunter, avec par exemple des escalators ou des ascenseurs extérieurs.

Une ville à la carte, donc, et autant d’initiatives qui permettront bientôt aux plus âgés de profiter pleinement de leur environnement urbain.

 

Usbek & Rica

Bien dans ma vie, bien dans ma smart city