Lors de la biennale des aidants organisée par l’Association française des aidants fin 2013, Marie-Eve Joël, économiste à l’université Paris-Dauphine, faisait le point sur la contribution des aidants à notre société. Une contribution colossale, mais encore peu reconnue aujourd’hui et qui mérite d’être rendue visible, tant les aidants sont au cœur du Care.

En nombre d’heures, on parle d’une contribution moyenne de 4 à 5 heures par jour ! En termes financiers, on chiffre cela en dizaines de milliards d’euros. Il est temps que ce travail et cette contribution soient reconnus. Et que les aidants ne se sentent plus seuls, et invisibles.

Pourquoi cette invisibilité ?

Selon l’économiste Marie-Eve Joël, il y a deux explications principales.
En premier celle du genre : « le travail des femmes a toujours été invisible et il n’est pas surprenant que, lorsque c’est un travail qui porte sur l’accompagnement de proches, il soit également invisible », explique-t-elle.
La deuxième raison est liée à l’organisation de notre société : « c’est le dispositif de protection sociale fondé sur la subsidiarité. L’Etat-Providence intervient quand la famille ne peut plus le faire. Dans le cas français ça joue un rôle. On ne veut surtout pas se mêler de ce qui se passe dans les familles. On intervient vraiment quand c’est la catastrophe et lorsque ça ne va plus ».
Et pourtant, être aidant, souligne l’économiste, c’est une contribution complexe et qui nécessite des compétences qu’on ne met pas souvent en avant. Elle emploie les expressions « chef de l’entreprise familiale » et chargé d’affaires, pour les aidants.

« Il y a des compétences de soin et d’accompagnement, bien sûr, mais aussi des compétences en gestion : les aidants sont amenés à prendre en charge les affaires de leurs parents, souligne-t-elle. Il n’y a pas forcément beaucoup d’argent mais il faut s’occuper de l’immobilier, on peut avoir un petit appartement loué à côté, on peut avoir des problèmes avec son assureur, on peut avoir des démêlés importants avec le fisc. L’aidant est, par la force des choses, chargé de s’en occuper et n’a pas forcément la compétence requise pour le faire parce qu’il y a des problèmes qui sont difficiles. Et puis il y a le côté organisation de l’aide à domicile. Il faut gérer 4-5 personnes et c’est loin d’être simple ».

Aujourd’hui, la question des aidants est venue sur le devant de la scène. Le fait que l’on tente enfin de valoriser la contribution des aidants est-il alors un signe de volonté politique ? Selon l’économiste, « les estimations, les valorisations de l’aide informelle signifient que le problème est en train de monter dans la sphère politique. Cela montre que l’opinion publique s’est saisie d’un problème et quand l’opinion publique s’en saisit, on commence à dire : ‘ça représente quoi’ ? »

En l’occurrence, la réponse c’est que cela représente beaucoup. De fait, si les associations, les chercheurs et les économistes montent au créneau, c’est qu’on est en pleine réforme de l’aide à l’autonomie. Et l’enjeu aujourd’hui est enfin de tenir compte de ces valorisations dans le débat, « on ne peut faire abstraction du fait que 70% de la contribution est familiale », explique Marie-Eve Joël. « On ne peut pas faire une réforme en ne s’intéressant qu’aux 30% de l’aide publique et professionnelle. C’est là la difficulté ».

Propos recueillis par Sandrine Goldschmidt

Les aidants, une contribution invisible ?