Pour celles et ceux qui accompagnent une personne âgée dépendante, prendre du temps pour soi ou partir en vacances avec elle peut sembler difficile, voire impossible. Le répit est pourtant un droit des aidants reconnu par la loi. Mais comment organiser déplacement et séjour ? A qui s’adresser ? Et à quel prix revient ce répit ?

En France, quelque 9 millions d’aidants familiaux s’occupent quotidiennement de personnes en situation de dépendance. Parmi eux, 4,5 millions soutiennent une personne âgée.

En vigueur depuis le 29 décembre 2015, la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement reconnaît l’action du proche aidant en lui donnant une définition et lui reconnaissant des droits. Ainsi afin de soutenir les aidants familiaux, la loi instaure un droit au répit, intégré à l’APA,  pour leur permettre de prendre un temps de repos quand par ailleurs présence et aide sont indispensable au bien-être quotidien de la personne âgée dépendante.

Dans ce cadre, l’accueil de la personne aidée dans un accueil de jour ou un hébergement temporaire peut être financé jusqu’à 500 € par an au-delà des plafonds de l’APA. Une enveloppe qui peut également être utilisée pour financer des heures d’aide à domicile supplémentaires.

Pourtant si prendre du repos n’est pas un caprice ou un manque d’égard de la part des aidants, peu se l’accordent. Et nombre d’entre eux culpabilisent à l’idée de laisser la personne dont ils s’occupent, souvent leur mari ou leur épouse, pour souffler, avoir une activité individuelle ou tout simplement prendre soin d’eux.

Pourquoi alors ne pas imaginer partir ensemble pour s’éloigner du domicile et se ressourcer ? L’idée semble souvent inaccessible ou incongrue au regard de la mobilité réduite ou du besoin de soins du senior aidé, ou tout simplement de faibles ressources financières.

Les séjours adaptés existent

Peu connues encore, des offres de séjour permettant aux aidants de partir en compagnie des seniors qu’ils soutiennent existent pourtant, et se développent.

L’Association Les Petits Frères des Pauvres organise ainsi chaque année entre juin et fin septembre des vacances adaptées aux personnes âgées. Elle dispose ainsi de 18 maisons de vacances partout en France, en bord de mer ou à la campagne. Pour les seniors les plus dépendants et leurs aidants, elle organise même les opérations Croisières sur le Rhin et croisières sur le Rhône. Au programme : 7 jours à bord d’un bateau pour profiter du paysage au fil de l’eau, accompagnés d’une équipe composée d’un médecin, d’infirmières et d’élèves aides-soignants.

De son côté l’association France Alzheimer et maladies apparentées propose depuis 1988 des séjours sur mesure aux aidants et aux aidés sur la base d’un barème équitable. D’avril à octobre, des séjours en pension complète d’une durée de dix jours en moyenne sont proposés dans des centres adaptés aux besoins des personnes. Il existe plusieurs types de séjours selon les besoins et envies de chacun, parmi lesquels le séjour tempo et le séjour détente. Le premier « est proposé en priorité aux familles dont la personne malade est à un stade avancé de la maladie. Les activités se pratiquant séparément et chacun profite de ses vacances à son rythme », précise l’association. Tandis que le second « accueille l’aidant et la personne malade qui profitent ensemble d’activités communes ».

Autre initiative particulièrement appréciée des seniors aidants et aidés, celle mise en œuvre par l’association Vacances Répit Famille (VRF). Depuis 2014, elle propose ainsi le village répit familles de Touraine, situé à Fondettes. « C’est une structure hôtelière de type club à laquelle nous avons intégré une structure médico-sociale, explique son directeur Patrick Brunerie. Nous accueillions un aidé accompagné d’un aidant ou plus pour 7 jours minimum, du vendredi au vendredi. Comme pour un hôtel classique, les personnes nous appellent pour réserver. Seule différence, nous leur demandons un dossier médical pour l’accueil de la personne âgée dépendante, similaire au questionnaire qui est rempli pour une demande d’accueil temporaire ou prolongé en EPHAD », poursuit-il.

Des bienfaits assurées pour un coût abordable 

Disposant d’un agrément de 26 places pour l’accueil de personnes âgées de plus de 60 dépendantes et de 42 chambres, cet hôtel-club aménagé propose également sur place une piscine chauffée, un jacuzzi, un mini-golf, un billard ou encore une bibliothèque. Chaque semaine un programme d’activités est aussi proposé aux vacanciers (aquagym, peinture, ateliers culinaires, visites…), qui sont libres d’y participer ou non. Certaines sont à faire entre aidants et aidés, d’autres réservées aux aidés ou aux aidants. Et « pour la prise en soin, nous avons une équipe médico-sociale composée d’aides-soignantes, d’aides médico-psychologiques, d’une animatrice, d’une infirmière, d’un médecin coordonnateur et soutenue par un Infirmier coordinateur », précise Patrick Brunerie.

Outre une participation au transport et le paiement de l’entrée lors d’excursions pour des visites de châteaux ou de caves, le séjour à la semaine comprend pension complète, hébergement, prise en soin et activités collectives sur place. « Le coût est de 1435 euros pour le couple en pension complète pour une semaine. Mais une grande partie des caisses de retraite ont mis en place une aide concertée permettant de couvrir 85% du coût la première année à raison de deux semaines par an pour les personnes non imposables, et 75% de ce coût pour les autres. La deuxième année, le reste à charge est multiplié par deux : il passe donc de 15% à 30% pour les personnes non imposables et de 25% à 50% pour les autres », détaille le directeur du Village Répit Familles.

Structures sécurisées, personnels accompagnants formés, et coûts modérés, autant d’arguments qui devraient donc convaincre les aidants de s’autoriser quelques jours de répit chaque année, et de partager des moments hors du quotidien avec les seniors qu’ils soutiennent. L’étude d’impact menée par l’association VRF en dit long sur les bienfaits apportés. Au cours du séjour, 93% des participants constatent ainsi moins de fatigue, 92% sont plus détendus et 85% ressentent moins d’anxiété. De plus, 76% des participants disent avoir noué de nouvelles relations lors du séjour et 47% les ont effectivement maintenues au retour du séjour.

Des résultats enthousiasmants que confirme le témoignage de Pierre, publié sur le site de l’Association française des aidants : « depuis 6 ans j’aide mon épouse dépendante, et nous allons 2 fois par ans au Village Répit famille à Fondettes. C’est une équipe formidable, prise en charge complète du malade pendant que les aidants vont se promener, visiter des châteaux, etc. Cerise sur le gâteau, prise en charge par les caisses complémentaires. Si vous n’en pouvez plus, allez au Village répit famille ».

Usbek&Rica

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