Sage chignon de cheveux gris, fauteuil, tricot, chat et coin du feu ou cheveux mauves en bigoudis, cuiller en bois, fourneau et charentaises, avant, mémé était la reine du foyer, beaucoup moins de la société. Toujours prête à dégainer bonbons et petits fours, on l’aimait aussi quand elle sucrait les fraises. {Souvenirs}. Mémé existe encore, parfois, mais elle a bien vieilli, autant que ses stéréotypes. Les grand-mères de 2015 ne se laissent plus définir en deux ou trois catégories, elles sont ce qu’elles sont parce qu’elles sont elles, toutes singulières, toutes différentes et bien déterminées à garder leur place dans la société.

Faire carrière dans le poste de grand-mère : le savoir-faire d’hier
Avant, c’est en tout cas la représentation qu’on en a, après avoir fait carrière dans le poste de mère, la femme montait naturellement en grade et se faisait couronner Grand-Mère. Dépositaire du savoir-faire — on parle encore souvent de ses astuces —, elle excellait dans les arts ménagers et notamment la cuisine. Pas étonnant, donc, qu’elle ait fait succès dans la publicité : qu’elle ait été la Mère Denis, lavandière de métier et vedette d’une marque de machine à laver, qu’on l’appelle encore Mamie Nova, l’autorité-même en matière de dessert, ou qu’elle illustre cette Grand’Mère qui sait faire un bon café et de belles fêtes chaque premier dimanche de mars*, Mémé a fait vendre, tellement elle a su nous apporter de confort et de réconfort.

Faire carrière dans le poste de grand-mère : le savoir-être d’aujourd’hui
Oui mais voilà, à l’heure où nous n’avons plus qu’à choisir la saveur de notre capsule pour nous enivrer de l’odeur chaude de notre expresso — même des stars hollywoodiennes peuvent faire ça —, la fiche de poste de grand-mère a bien changé, forcément. Forte de son expérience, Mémé a heureusement su s’adapter. Le monde de l’entreprise aurait même fort à apprendre d’elle : Mémé est précurseur. De son métier imposé (et si peu valorisé socialement), elle a fait un job-plaisir, plus près du coaching que de l’éducation, où elle choisit et aménage son temps de travail, organise des visio-conférences pour réduire les distances, co-crée avec Pépé, coopère en mode gagnant / gagnant avec les autres grands-parents et s’adapte avec bienveillance aux longues listes de recommandations diététiques, hygiéniques et culturelles des parents. Mémé est flexible, mobile, innovante. Mémé favorise l’écoute, la confiance et la complicité.

Derrière chaque grand-mère ne se cache plus la femme
Bon, mais bien sûr, avec tout ça, Mémé ne s’appelle plus Mémé, ou de moins en moins en tout cas.
« Mémé ça fait trop vieux » et nos grand-mères d’aujourd’hui préfèrent rester jeunes  (comprenez actives et dans le coup) le plus longtemps possible. Normal. A l’heure où le monde du marketing et de la publicité vient d’enterrer la ménagère de moins de 50 ans (« Repose en paix chère ménagère »)**, cela fait en réalité belle lurette que les grand-mères, qu’elles aient plus ou moins de 50 ans, sont des individus comme les autres. Autonomes, indépendantes, elles tissent leurs vies de plusieurs fils : familial oui, mais aussi sentimental,  amical, professionnel (pour certaines), associatif, culturel, sportif… Ainsi sont-elles des femmes avant d’être des grand-mères. Eh oui. L’amour qu’elles portent à leurs petits-enfants en est-il pour autant affecté ? Non, pas si elles choisissent de tenir leur rôle auprès d’eux. Dans ce cas-là, l’amour est d’autant plus fort que la relation est choisie (dans les deux sens).

Dans une transmission en double sens
« Grand-mère, tu peux venir me chercher au judo ce soir ? — Ah mais non, tu sais bien mon loulou, ce soir, j’ai natation synchronisée » répond-elle, en ouvrant sa bouteille d’eau. Dans une relation choisie, les normes sociales font la place aux individualités. Ce sont elles qui se retrouvent et cimentent ensemble leurs liens. Ainsi, le rapport autrefois hiérarchisé (et qui pouvait tout à fait être posé dans la bienveillance) s’efface au profit de l’échange et de la transmission dans les deux sens. Aujourd’hui, une grand-mère, en plus d’apporter tout ce qu’elle apportait par « nature sociale et familiale » à son petit-enfant, lui apporte une personnalité beaucoup libre qu’autrefois, avec des activités qui lui correspondent, en tant que femme. C’est déjà énorme, mais ce qui l’est plus encore, c’est qu’elle reconnaît en son petit-enfant, un être bien plus calé qu’elle pour conquérir le nouveau monde, fait tout entier de technologies et sans cesse en évolution.

Les grand-mères, parce qu’elles veulent plus que jamais prendre la place qu’elles méritent dans la société, sont ouvertes plus que tous les autres à l’enseignement dont sont capables les enfants, ces « digital natives ». Ainsi disent-elles à leurs petits-enfants combien ils sont importants pour elles aussi. Comment donc gagner plus de confiance et d’estime en soi pour reprendre ensuite le relais de la vie ?

Sarah Décarroux

* En France, la fête des Grand-Mères est d’origine commerciale, elle a été créée en 1987 par la marque Café Grand’Mère.
** La Ménagère de moins de 50 ans a laissé place à la Femme responsable principale des achats au foyer, ou FRDA

Retrouvez tous nos articles dédiés à la fête des grand-mères et sur Twitter.

2015, on peut le dire : Mémé a bien changé !